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Christian Rullier, un grand auteur moderne

par Gilles Costaz

Il est mort en Thaïlande, âgé de 61 ans

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Christian Rullier est mort à Pukhet, le 28 avril. Pour des raisons personnelles, sentimentales, romanesques et financières, cette figure marquante du nouveau théâtre des décennies 90 et 2000, né à Barbézieux en 1957, avait quitté la France pour vivre en marge du système, à partir de 2007. Même depuis là-bas, il était arrivé à écrire et à publier ses derniers textes (Les Baltringues,éditions, ABS, 2011, Casa Mama desperado, Impressions nouvelles, 2015). Il y avait eu toujours en lui un sens du défi quii se traduisait par un comportement un peu pirate. Il n’entrait pas dans les moules parisiens. Haut, massif, aimant l’alcool, il riait, provoquait, un rien bagarreur. D’abord auteur d’un roman, L’Alphabet des désirs, il continua l’écriture littéraire mais trouva sa voie dans le théâtre, ainsi que dans l’écriture de scénarios. Il travailla beaucoup pour la télévision, adaptant des Maigret et d’autres textes, mais revenait toujours au théâtre. Ses pièces sont nombreuses, les meilleures ayant paru aux éditions Théatrales : Football, Il joue, Il marche... Annabelle et Zina, créée par Laurence Roy et Christiane Cohendy dans une mise en scène de Jacques Kraemer, est un formidable face à face de femmes amies et ennemies qui se retouvent après une longue séparation et dans la hantise d’un accident meurtrier. Le Fils a été joué par de très nombreuses compagnies : c’est l’évocation éclatée d’un homme – double de Rullier – vu par cent personnes différentes ! On peut se souvenir aussi, ce texte-là ayant été publié aux Impressions nouvelles (éditeur dont il fut un temps le conseiller), de Sur Glane, où il fait revivre en filigrane l’effrayant massacre d’Oradour-sur-Glane.
Il pouvait même être acteur à l’occasion : il joua lui-même l’épatant délire de C’est-à-dire, mis en scène par Christiane Cohendy (dont il partagea la vie quelques années), et Moi et Baudelaire – et non pas « Baudelaire et moi », de façon à choquer encore et toujours en éclatant de rire. Cet esprit indépendant n’en était pas moins solidaire : il participa à la vie de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) et à celle des Ecrivains associés du théâtre (EAT). Il a été beaucoup joué, mais pas toujours apprécié à son exacte valeur, en raison de son goût des mots qui crépitent sans souci du bon et du mauvais goût. L’un de ses romans s’intitule Dernières Outrances. Tout Rullier est dans ce titre. Du moins tout son masque car, derrière ce grand rire féroce, il y a des souffrances, des brûlures, une tendresse, une sensiblité à vif qui est celle de notre temps et des écrivains les plus « modernes ».

Photo Editions Théâtrales.

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