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Critiques / Musical

Chansons synchronisées par les Swinging Poules

par Gilles Costaz

La femme s’émancipe

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La chanson, quand elle tourne rond comme les 45 tours d’autrefois, emballe la tête, le cœur et les jambes. C’est ce qu’obtiennent certains groupes attachés à tout un passé très vivant de la chanson française. Les Swinging Poules, trio créé par Florence Andrieu, sont allées chercher leur nourriture dans les airs des années 50 et 60, en privilégiant l’image de la femme. Elles sont parfois remontées plus loin dans le temps (Biaiseuse date d’avant la guerre de 14) ou se sont au contraire rapprochées d’aujourd’hui. D’un refrain à l’autre, la femme se glisse dans les images standard du temps, pour séduire mais aussi pour se libérer. Elle s’émancipe, un peu. Sortant ses griffes (mais prudemment), elle cuisine, drague, se drogue, se maquille, se plaint, s’admire, rêve, règne… C’est selon. Selon qu’elle proclame Je suis irrésistible (tiens une chanson du merveilleux comédien Roger Dumas, qui nous a quittés il y a peu) ou qu’elle se laisse contaminer par Le Genre américain (signé Vincy et Lopez). Dans le flot des ritournelles, on repère des textes de Francis Blanche et Bernard Dimey, puis l’on finit avec Boris Vian (Je suis swing).
Il faut dire que Flannan Obé, l’ordonnateur du spectacle, a retouché certaines paroles de certains chants pour aller vers plus d’unité, de satire et de drôlerie. Le buste vêtu d’un corsage à pois qui ne cherche pas être élégant mais à retrouver l’esprit blagueur des groupes de naguère, les trois chanteuses savent être individuelles et collectives. Elles s’opposent, se chamaillent et explosent dans une gestuelle accordée, donnant aux mots leur sens premier et leur sens second. Elles chantent dans un style variétés enrichi d’une vraie pratique du lyrique ou du jazz. Florence Andrieu est splendidement pugilistique, Caroline Montier s’empare avec la même drôlerie du malheur et du bonheur. Et la troisième, Charlotte Baillot, dont la carrière est beaucoup passée par l’opéra et le récital classique ? Le soir où nous sommes venus, elle était remplacée par Flannan Obé en travesti, une perruque blonde dansant sur sa tête. C’est un grand comédie-chanteur-metteur en scène que l’on a vu dans ses propres réalisations et dans de grands spectacles (il était l’un des interprètes de L’Amour vainqueur d’Olivier Py au dernier festival d’Avignon). Il était donc brillant et à l’aise en « swinging poule ». Le pianiste, Philippe Brocard, qui n’hésite pas à parler, chanter et railler, est non seulement le musicien qui donne aux partitions leur vitesse de cabaret mais aussi l’un des personnages de la soirée. Chacune et chacun sait nager (comme le proclame le titre en franglais) dans les eaux tumultueuses d’un répertoire féminin composé exclusivement par des hommes. D’où, en supplément, une malice secrète mais éclatante des femmes de 2019 à l’égard des hommes qui parlaient à la place des femmes au temps des premières machines à laver.

Chansons synchronisées par les Swinging Poules, mise en scène de Flannan Obé, arrangements des Swinging Poules et d’Emmanuel Martin, lumières de Stéphane Balny, costumes de Jef Castaing, avec Florence Andrieu, Charlotte Baillot, Caroline Montier, Philippe Brocard (piano).

Essaïon, 21 h le mercredi, 21 h le jeudi, tél. : 01 42 78 46 42.

Photo DR.

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