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Critiques / Opéra & Classique

Cavalleria rusticana de Pietro Mascagni

par Jaime Estapà i Argemí

Le verisme italien s’installe à la ville

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Alors que l’école naturaliste française, dont Emile Zola fut l’initiateur, s’intéresse autant aux citoyens qu’aux paysans, le « verismo », son équivalent italien, issu de la plume de Giovanni Verga, ne porte son attention qu’aux ambiances rurales. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’opéra « naturaliste » ait donné Louise (1900) de Gustave Charpentier (1860-1956), dont l’action se situe sur la butte Montmartre en plein Paris, alors que les œuvres phare du « verismo » -Cavalleria rusticana (1890) et Pagliacci (1892)- se déroulent dans deux villages perdus de l’extrême sud de la botte italienne.

Liliana Cavani a certes placé Cavalleria rusticana dans une Sicile en carton pâte entre l’église et la taverne mais, transgressant la volonté affichée de Ruggero Leoncavallo elle a situé la performance théâtrale du globe-trotter Canio ( Pagliacci) dans la banlieue d’une ville non identifiée. Clin d’œil aux cinéphiles, la petite famille du clown se déplace avec la moto de Zampano (Anthony Quinn dans La strada de Federico Fellini) ! Curieusement, le metteur en scène Jean-Claude Auvray a eu récemment, lui aussi, l’idée de transporter la campagne à la ville dans sa mise en scène de Pagliacci (Voir Webthea du 28 janvier 12011). Comme il semble impossible que l’un se soit inspiré de l’autre (et vice-versa) on peut en conclure que cette option doit bien se trouver inscrite quelque part dans la partition ou dans la sombre histoire du clown jaloux et de la femme volage.

Une confrontation féminine dans deux mondes de brutes.
Le ténor Marcello Giordani dans le rôle de Turiddu ( Cavalleria) fit des adieux émouvants à sa mère – Josephine Barstow, en Mamma Lucia- avant son duel fatal, et dans le rôle de Canio, le clown, réussit son air principal, et d’ailleurs tout le reste de sa prestation. Dans la mesure ou il a assuré à lui seul les deux rôles masculins principaux, la confrontation vocale de la soirée se porta donc entre les deux sopranos. Ildiko Komlosi fut une Santuzza (Cavalleria) spontanée, passionnée mais soumise aux conventions du pays, résignée à la damnation éternelle mais intransigeante vis-à-vis de l’infidélité de Turiddu ; l’artiste montra une belle santé vocale et une grande capacité à enchaîner sans peine « fortissimi » et « pianissimi », exercice toujours périlleux. Ángeles Blancas -Nedda (Pagliacci)- libérée par sa condition de nomade des jougs de l’Église et du « qu’en dira-t-on », a dû travailler davantage pour entrer dans le rôle, bien plus subtil, de la femme du malheureux Canio. Elle nous offrit un grand moment lyrique lors du dialogue avec son amoureux Silvio –Jean-Luc Ballestra lui donnant vaillamment la réplique- et réussit pleinement le complexe deuxième acte. Sa voix, quelque peu voilée, bien en accord avec la rudesse de sa vie itinérante, apporta de la crédibilité au personnage. Andrzej Dobber récita magistralement le prélude de Pagliacci et déclencha le drame de la jalousie dans la petite compagnie itinérante, d’une voix éduquée, presque polie, mais aux accents implacables, froids et durs. Dans la même tessiture Alfio – Marco di Felice - enleva avec brio l’air « Il caballo…. » à l’heure de la fête dans Cavalleria. Au moment du duel contre Turiddu il se montra à la fois serein, tranquille et vaillant, sans pathos, très sûr de lui.

L’orchestre et le chœur du Liceu (« and friends ») au centre de la soirée.

Daniele Callegari, rompu à la direction de ces auteurs, a réalisé ce jeudi 7 avril un véritable exploit. Ce n’est pas souvent que le public du Liceu aura entendu l’orchestre du « Gran Teatre » si juste, si solennel, si bien soudé, même dans les excès demandés par les partitions des deux contes. Le chœur du Liceu -José Luis Basso-, renforcé pour l’occasion par la Polyphonique du Puig-Reig, -Ramon Noguera- et le Chœur Infantile des amis de l’ « Unió de Granollers » dirigé par Josep Vila Jover ont été, à juste titre longuement applaudis.

Cavalleria rusticana, opéra en un acte. Livret de Guido Menasci et Giovanni Targioni-Tozzetti, sur un conte de Giovanni Verga. Pagliacci, opéra avec un prologue et deux actes. Livret de Ruggero Leoncavallo. Mise en scène de Liliana Cavani (réalisée par Marina Bianchi). Direction musicale de Daniele Callegari. Chanteurs : Ildiko Komlosi, Ángeles Blancas, Marcello Giordani, Marco Di Felice, Marcello Giordani, Josephine Barstow, David Alegret, Ginger Costa-Jackson, Jean Luc Ballestra.

Gran Teatre del Liceu les 1, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 13, 14, 16, 17, 19, 20 avril 2011.

Tél. +34 93 485 99 29 Fax +34 93 485 99 18

http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat

Crédit photos : A. Bofill

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