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Critiques / Opéra & Classique

Berlioz et quelques autres

par Christian Wasselin

Outre les grands concerts donnés dans la cour du château Louis XI, le Festival de La Côte-Saint-André propose des rendez-vous de musique de chambre captivants dans l’église de la ville natale de Berlioz.

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LE FESTIVAL EMMENÉ PAR BRUNO MESSINA depuis 2009 a pris une telle ampleur qu’il doit désormais faire relâche pendant une journée afin de faire respirer ses troupes. Cette année, outre des concerts de très grand calibre (La Prise de Troie sous la direction de François-Xavier Roth, Roméo et Juliette par Valery Gergiev, Benvenuto Cellini avec John Eliot Gardiner), le festival a aussi joué la carte de la création (On the dust of love, cantate d’après Byron signée Karol Beffa, Euphonia 2344 de Michael Levinas) sans négliger la part de l’érudition à la faveur d’un colloque international* piloté par Emmanuel Reibel et Alban Ramaut, et une exposition qui se tient jusqu’au 31 décembre dans le Musée Berlioz et réunit, sous le titre « Trop fort, Hector ! », un ensemble d’objets volontairement hétéroclites qui vont de l’affiche à la pochette de disque, du timbre à l’assiette, du billet de banque (10 francs !) au buste et jusqu’à la fève nichée dans la galette des rois !

Les fêtes populaires sont désormais devenues une tradition, avec cette année un cheval de bois construit pendant plusieurs semaines par les élèves de La Côte-Saint-André et les bénévoles du festival, mais aussi une déambulation dans un village troyen de fantaisie et un bal contrebandier assuré par les Corsaires rouges. Virgile, Byron et Fenimore Cooper, tout le monde est convié dans cette petite ville d’Isère si maussade pendant de longs mois et tout à coup pleine de fièvre pendant la seconde semaine d’août.

Une autre tradition installée est celle des rendez-vous de musique de chambre à 17h dans l’église. Parmi ceux-ci, on a pu retrouver le récital à deux pianos qu’avaient donnés en janvier dernier Marie-Josèphe Jude et Jean-François Heisser dans l’amphithéâtre de la Cité de la musique à Paris. Le programme en était toutefois un peu différent : il s’ouvrait par la lumineuse transcription pour deux pianos, faite par Debussy lui-même, de son Prélude à l’après-midi d’un faune, suivie par celle d’Ibéria, un peu moins transparente et déliée, signée André Caplet. On a pu réentendre la Symphonie fantastique, que Liszt avait transcrite en 1834, mais dont Jean-François Heisser a signé une vertigineuse version pour deux pianos. L’acoustique de l’église de La Côte-Saint-André n’a rien à voir avec celle de l’amphithéâtre de la Cité de la musique, mais on replonge avec bonheur et frissons dans l’architecture de la partition, avec en particulier un « Songe d’une nuit de sabbat » vertigineux, où les cloches sont rendues par des accords dissonants venus on ne sait d’où.

Supplice enchanté

Bruno Messina a eu aussi l’idée de proposer à Jean-Baptiste Fonlupt d’imaginer cinq récitals s’appuyant sur l’atmosphère des cinq mouvements de la Symphonie fantastique. Ainsi le premier récital proposait-il les quatre Ballades de Chopin, le second différentes pages de Chopin et Ravel (dont La Valse), le troisième « Vallée d’Obermann » de Liszt, extrait des Années de pèlerinage, etc. Pour le quatrième, écho de la « Marche au supplice », Jean-Baptiste Fonlupt avait notamment choisi cet extrait des Harmonies poétiques et religieuses de Liszt intitulé « Funérailles », hommage à la fois aux révolutions de 1848 et à Chopin (mort en 1849), qui est une sorte de marche funèbre doublée d’une course à l’abîme, et la Deuxième Ballade du même Liszt, page sombre inspirée par le poème Lenore de Bürger. Jouées avec un aplomb rythmique et un sens dynamique hors du commun, ces œuvres étaient aussi étoffées de la Fantaisie op. 49 de Chopin, page dont la construction n’est pas toujours facile à cerner mais dont le pianiste a su mettre en avant l’architecture et lui donner un sens.

Le dernier récital, en toute simplicité, proposait la Fantaisie en ut mineur de Schumann (dédiée à Liszt) et la Sonate en si mineur de Liszt (dédiée à Schumann). Deux œuvres très exigeantes pour l’interprète, qui réclament de lui le sens de l’architecture musicale, une vive sensibilité poétique car il s’agit là d’œuvres faites d’humeurs toujours changeantes, et bien sûr une virtuosité sans faille. On reste pantois devant l’aisance avec laquelle, après quatre récitals d’une grande richesse, Jean-Baptiste Fonlupt aborde ces deux œuvres qui ne relèvent pour lui ni du supplice ni du sabbat, mais qu’il fait siennes comme sous l’effet d’un songe.

Photographie : Jean-Baptiste Fonlupt (dr)

* Les actes en sont d’ores et déjà parus sous le titre Hector Berlioz 1869-2019, 150 ans de passions (Aedam Musicae). On notera qu’une nouvelle édition des Mémoires, présentée et annotée par Peter Bloom, est parue chez Vrin.

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André, du 17 août au 1er septembre 2019.

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