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Critiques / Danse

Ballet de l’Opéra national du Rhin

par Yves Bourgade

Déconstruction du « Lac des cygnes » par un chorégraphe tunisien

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« Le lac des cygnes » tel que l’a déconstruit et transposé Radhouane El Meddeb, chorégraphe d’origine tunisienne, pour le Ballet de l’Opéra national du Rhin (OnR), s’est inscrit tout naturellement dans le cadre du 2ème Printemps de la danse arabe à Paris.
Le Théâtre national de la Danse à Chaillot accueille jusqu’au 30 mars 2019 cette production qui se veut « un hommage à un mythe de la danse » et qui a vu le jour le 10 janvier 2019 à Strasbourg.
La musique de Tchaïkovski est au rendez-vous. Manquent les plumes des cygnes et les tutus et, ces derniers visibles dans les coulisses suspendus à des cintres (pourquoi pas ?). Surtout on a quelque difficulté à retrouver ce que le chorégraphe affirme avoir voulu exprimer : « la quête de l’autre, l’altérité, le rapprochement » en s’essayant à renouveler la trame dramatique.
Le Printemps de la danse arabe 2019, organisé par l’Institut du monde arabe a débuté le 22 mars, et fera circuler le public dans six autres lieux de la capitale jusqu’au 28 juin. Les artistes souvent entre deux cultures qui ont été invités, viennent des deux rives de la Méditerranée, de Tunisie comme Radhouane El Meddeb, à la fois chorégraphe et acteur, du Maroc, d’Egypte, de Palestine , du Liban et des Comores.
« Le lac des cygnes » du Ballet de l’OnR tel que l’explique Radhouane El Meddeb dans une note d’intention « part de la version freudienne que Rudolf Noureev a imaginé pour le Ballet de l’Opéra de Paris en 1984 ». Il rappelle que « le prince Siegfried, manipulé par le maléfique Rothbart se dérobe à la réalité du pouvoir et du mariage pour se réfugier dans les rêves où lui apparaît un lac magique porteur de l’amour idéalisé ». Selon lui « la fin tragique de ce chef d’œuvre ne traduit pas le triomphe du mal mais la quête sans cesse renouvelée d’une perfection jamais atteinte ».
Rien à redire. Le problème est que le chorégraphe, qu’il emprunte à la danse contemporaine ou au répertoire académique, a partagé solos et variations entre tous les interprètes : « Je veux, dit-il, qu’on soit tous amoureux qu’on soit tous Odette, ou le prince ». Danseurs et danseuses très androgynes portent d’ailleurs des costumes quasi-similaires, les danseurs ont parfois des mouvements de bras suggérant les battements d’ailes des cygnes alors que les danseuses sont souvent sur pointes, l’opposition Odile-Odette semble être partie à la trappe. Le résultat est que lorsque l’on connaît l’argument initial ou lorsque l’on ne le connaît pas, l’on identifie mal les personnages (sauf peut-être le prince toujours hésitant et parfois cygne), voire même les nouveaux rapports entre eux suggérés par le chorégraphe.
On peut se raccrocher à la partition (d’où la musique du 3eme acte folklorique avec la danse napolitaine et la czardas n’est pas utilisée), qui est pour Petipa et Ivanov un véritable scénario musical avec des thèmes récurrents. Toutefois ce que l’on voit n’aide pas toujours à une compréhension logique de la nouvelle trame dramatique.
Ce qui sauve le spectacle c’est la qualité des membres de la troupe du Ballet de l’OnR. Les danseurs ont la part belle et ont l’occasion de prouver leur maitrise de la danse académique, l’amusant pas de quatre des petits cygnes étant même dansé par trois quatuor de petits cygnes, dont un masculin.

Photo Ballet de l’OnR – Agathe Poupeney jpg

Salle Jean Vilar à Chaillot : 28 mars 2019 14h30 et 19h45, 29 mars 2019 20h30, 30 mars 2019 15h30, durée 1h30, places à 41€.

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