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Avignon : Gérard et Julien Gélas

par Gilles Costaz

La direction bicéphale du Chêne Noir

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De toute éternité (ou presque, depuis un demi-siècle), le théâtre du Chêne noir, à Avignon, c’était Gérard Gélas. Sa flamme, son univers d’enfant du Sud, son écriture chantante et révoltée, ses acteurs si peu « parisiens »... Mais, depuis l’an dernier, le Chêne est dirigée par deux artistes : Gérard Gélas, toujours, et son fils, Julien Gélas qui s’est fait connaître autant comme musicien que comme auteur-metteur en scène. Que s’est-il passé ? Où va à présent le Chêne Noir ? Nous nous le sommes demandé au moment où les impératifs de la lutte contre le coronavirus a interrompu la dernière création de Gérard, Asia de Mouloud Belaïdi, avec Pauline Dumas, et dans l’attente d’un très espéré festival d’Avignon 2020.

Gérard Gélas, vous ne vous retirez pas de la direction du Chêne noir, mais vous la partagez, à égalité, avec votre fils Julien. C’est une décision de lassitude, d’ouverture, de renouveau ?
Gérard Gélas. Après tant d’années, on me conseillait d’arrêter. Que la mairie d’Avignon ait amputé notre subvention de 25 pour cent faisait peser une véritable menace sur le théâtre. J’ai pensé à Julien. Evidemment, on ne naît pas nommé, de la même façon que le théâtre ne m’appartient pas, mais à la collectivité. Je ne voulais pas que notre salle tombe en désuétude ou sous la main d’un marchand. Julien, en fait, c’est un écrivain. Je le sais depuis que je le vois écrire, depuis ses dix ans. Et plus encore aujourd’hui. Il s’est proposé pour m’aider. J’ai voulu l’en dissuader. Mais il aime ce théâtre, veut participer à son sauvetage et à sa nouvelle vie.
N’y a-t-il pas une transmission d’une politique et d’un savoir-faire à opérer ?
Julien Gélas. La transmission s’est faite depuis longtemps. A l’âge de 12-13 ans, j’étais dans ce théâtre. Le diriger avec Gérard, c’est un vrai désir. J’ai un peu hésité, car la charge est énorme. A l’âge de 25 ans, j’étais loin, j’étais parti en Chine. Mais je suis revenu. Le Chêne noir, qui a 52 ans, c’est une pensée, une vision, des valeurs à défendre. C’est ce qui m’a décidé. J’ai grandi en suivant un parcours individualiste. Mais un théâtre, c’est une identité collective. J’ai changé, je suis là avec le sens de l’équipe.
Comment se passe votre collaboration ? Vous répartissez-vous les différents domaines ?
Gérard Gélas. Il n’y a pas de problème de pouvoir. Entre nous ce sont des compétences partagées.
Julien Gélas. J’ai un caractère différent. Je dévoile tardivement ce que je fais. Mais nos quêtes personnelles se sont rapprochées. Philosophiquement et artistiquement.
Peut-on définir vos personnalités respectives ?
Gérard Gélas. Je suis parti d’un refus de la vie parisienne. Et, en même temps que le théâtre, il y a la passion de la musique.
Julien Gélas. Gérard aime le cabaret, que je déteste ! Son théâtre est hanté par l’image de la femme. Mon thème central, c’est la fin du monde ! Mais, pour la mise en scène, on est très proche. Et on a la même conception d’un théâtre populaire.
Comment a commencé cette collaboration ?
Gérard Gélas. Nous sommes tout le temps dans le dialogue. Nous nous demandons notre avis sur tout.
Julien Gélas. J’ai fait la programmation de l’hiver et affronté les questions de production. Il faut que les pièces de l’été soient des succès si l’on veut tenir toute la saison. Je dois profiter de tout ce que Gérard m’a appris pour trouver, au cœur de cette lourde charge, la liberté artistique.

Théâtre du Chêne noir 8 bis, rue Sainte-Catherine 84000 Avignon, tél. : 04 90 86 74 87. Pour connaître Gérard Gélas : Saltimbanque : Gérard Gélas ou le Théâtre de l’inconfort d’André Baudin, préface de Philippe Caubère, éditions L’Harmattan. Parmi les oeuvres de Julien Gélas : Le Dernier Homme (éditions Les Cygnes), Le Rire de Spinoza (qui sera créé en 2021 au théâtre le Public, Bruxelles). Cet été, pendant la période du festival, Gérard Gélas reprendra Asia et Julien Gélas Le Horla d’après Maupassant.

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