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Critiques / Opéra & Classique

Ariodante, de Haendel

par Jaime Estapà i Argemí

Les pupi siciliens ont, eux aussi, un cœur

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Ariodante de Georg Friedrich Händel (1685-1759) - ou Haendel, ou encore Handel, comme lui-même écrivait son nom en Angleterre - a été créé au Covent Garden en 1735. Un opéra violent comme l’étaient les contes à la fin du Moyen Âge lorsqu’il fallait maintenir l’attention de l’auditeur par le seul pouvoir du récit. Lorsque l’histoire commence, les relations entre les personnages sont linéaires : Lucarnio aime Dalinda qui aime Polinesso qui, lui aime Ginevra, promise à Ariodante. Le drame survient lorsque Polinesso, aidé par Dalinda tend un piège pour faire douter à Ariodante de la fidélité de Ginevra. Suivant les préceptes du librettiste Metastasio qui considérait que le théâtre devait contribuer à l’édification de la moralité publique, l’histoire s’achève en happy-end.

Des marionnettes très proches des personnages

Les 25 arias da capo d’Ariodante expriment une large gamme de sentiments. Malgré sa richesse musicale, l’œuvre, à sa création, ne réussit pas à émouvoir le public londonien qui commençait à bouder cet Allemand prolifique, naturalisé anglais mais fortement imprégné d’Italie, qui allait jusqu’à inclure dans ses œuvres des ballets à la française. Son succès commença à décliner puis stationna, durant un long séjour, dans les limbes des œuvres oubliées. Il fallut attendre les années 1920 pour que ses opéras ressuscitent enfin en Allemagne d’abord puis en Angleterre. Dans la production réalisée pour l’Opéra de Frankfurt par le metteur en scène Achim Freyer, reprise ici à Barcelone, les acteurs sont déguisés en pupi siciliens ces sympathiques marionnettes qui font revivre les histoires d’Ariosto et qui sont très proches des personnages de l’opéra de Händel. L’idée peut se justifier, mais elle diminue la portée de l’œuvre car elle infantilise les sentiments des hommes et des femmes transformés en poupées inanimées. Espérons du reste que l’option de Achim Freyer ne fera pas trop d’émules. L’étroitesse des mouvements laissés aux artistes introduit en effet une forme de monotonie sur le plateau : les vrais spectacles de pupi ne durent jamais trois heures et quinze minutes !

Vesselina Kasarova, une immense présence

Au Liceu de Barcelone, Harry Bicket dirigeait l’Orchestre de l’Opéra avec fluidité et précision tout en apportant un support attentif aux chanteurs. Malheureusement, il n’a utilisé qu’au compte-gouttes les pulsations baroques de la partition, cet accent particulier qui, selon l’expression de Philippe Beaussant, transforme cette musique-là en théâtre. Vesselina Kasarova - Ariodante - interpréta Con ali di costanza avec un brio époustouflant, enjambant sans encombre les difficultés techniques et détachant parfaitement les notes entre elles lors des périlleux exercices de colorature. Au 2e acte, elle manqua de fluidité dans la Scherza infida, mais en définitive, elle marqua de son immense présence l’ensemble de la soirée - même cachée derrière son masque de pupo. Le public du Liceu, qui n’a pas oublié sa prestation dans Alcina en 1998-99, l’acclama avec ferveur et lui donna rendez-vous pour une Clemenza la saison prochaine. Déguisée en Polinesso, Sara Mingardo réussit une interprétation dramatique de son personnage de méchant en lui transmettant sa souffrance avec beaucoup d’émotion. L’interprétation du personnage de Ginevra par Ofèlia Sala, artiste connue et très appréciée à Barcelone, n’a pas cessé de progresser au cours de la représentation pour culminer à un excellent niveau lors du très émouvant Il mio crudel martoro à la fin du 2e acte. Elena de la Merced - Dalinda -attendit le 3e acte pour révéler sa fougue dans le Neghittosi, or voi che fate ?, qu’elle chanta à la fois avec le désespoir du personnage et la conviction de l’artiste qui veut réussir son interprétation. Denis Sedov - le roi d’Ecosse - et Steve Davislim - Lucarnio- contribuèrent efficacement au succès de la soirée.

Ariodante, opéra en trois actes de Georg Friedrich Händel, livret anonyme basé sur le livret d’Antonio Salvi pour l’opéra de Giacomo Antonio Perti Ginevra principessa di Scozia, basé à son tour sur les chants IV à VI de Orlando furioso de Ludovico Ariosto. Production de l’Opéra de Frankfurt. Mise en scène et décors de Achim Freier et Frederike Rinne-Wolf, constructeurs de marionnettes Barbara et Günter Weinhold. Direction musicale de Harry Bicket. Avec Denis Sedov, Ofèlia Sala, Vesselina Kasarova, Steve Davislim, Elena de la Merced, Sara Mingardo, Marc Canturri. Gran Teatre del Liceu les 15, 17, 18, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 28 mai 2006.

Crédit photos : Antonio Bofill

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