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Architecture de Pascal Rambert

par Gilles Costaz

Château de cartes

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Pascal Rambert est un auteur passionnant. Parmi les familiers du théâtre, personne n’en doute. Mais Pascal Rambert n’est pas un auteur passionnant à chaque jet d’encre. Sa frénésie d’écriture se retourne parfois contre lui. C’est, à notre sens, la fâcheuse mésaventure qui se produit avec le massif feuilleton de quatre heures, Architecture, écrit pour l’ouverture du 73e festival d’Avignon.
Que de belles intentions, que de grandes proclamations, que d’affirmations glorifiantes ont accompagné la naissance de cette nouvelle pièce conçue pour une dizaine d’acteurs, tous célèbres (ou presque), en tête desquels figure Jacques Weber, pour la première fois présent sur la vaste scène glissante du palais des Papes ! Il ne s’agit rien de moins que de faire vivre une série de personnages sur trente ans. Quelque part dans l’Europe de l’Est, un architecte – d’où le titre, mais il faut comprendre qu’il y a là un ensemble de constructions et de ramifications – a fait régner sa diabolique autorité. Il est aussi terrible lorsqu’il dirige sa famille que lorsqu’il dessine ses immeubles. Il est fou mais ses enfants et ses proches tentent de se rebeller. Tous sont des artistes : compositeurs, peintres, philosophes, écrivains… Ils ont cru à leurs rêves de beauté, mais le temps passe, et l’Europe, notamment du côté de Sarejevo, s’abîme. Le chef de famille n’a qu’une alliée, sa femme, reine de la poésie érotique. Après des affrontements internes qui se renouvellent d’année en année, la pièce change de style. Tous les personnages, calés derrière leur ordinateur, racontent les derniers moments de leur vie et de leur mort.
On aurait aimé que tout ressemble à cette dernière partie, à la forme inattendue et nerveuse. Les trois heures précédentes sentent l’épuisement d’un auteur qui s’enchante d’écrire spécialement pour chaque comédien (les acteurs gardent en scène leur prénom) et ne se rend pas compte qu’il va plus souvent vers les lieux communs que vers les perceptions éclairantes. Des éclairs de poète, il y en a, mais si peu dans une construction architecturée de façon monotone. Ces dernières années, Pascal Rambert avait été éblouissant dans les chocs à deux personnages, tel que Clôture de l’amour ou Sœurs. Le face à face tendu à l’extrême est son domaine. Dès qu’il introduit d’autres personnages, il s’égare dans des diagonales qu’il ne sait pas tracer. Pourtant, comme metteur en scène, il chorégraphie bien es mouvements. Dans le lot des acteurs longtemps costumés en blanc sur fond blanc, Laurent Poitrenaux, Marie-Sophie Ferdane, Stanislas Nordey, Anne Brochet et Audrey Bonnet sont ceux qui donnent le plus de muscle à une prose rhétorique. Tant de travail, tant de moyens, tant de dons pour aboutir à la chute d’un château de cartes sur l’esplanade d’un palais…

Architecture, texte, mis en scène et installation de Pascal Rambert.

Festival d’Avignon in : Cour d’honneur, tél. : 04 90 14 14 14, jusqu’au 13 juillet. Reprise aux Bouffes du nord, Paris, du 6 au 22 décembre. Texte aux Solitaires intempestifs.

Photo Christophe Raynaud de Lage.

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