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Critiques / Théâtre

Antigone de Sophocle

par Gilles Costaz

Symphonie en blanc et rouge

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Tous les personnages sont vêtus de blanc. Sauf le roi Créon, drapé dans une toge rouge. Un habit noir interviendra, mais ne contons pas toute l’histoire d’Antigone ! Olivier Broda monta la pièce de Sophocle, dans la version française très charnelle de Jean et Mayotte Bollock, d’une manière toute symbolique. Le décor associe deux pentes, l’une rouge, l’autre noire, où un arbre décharné se dresse au point d’intersection. Pour Broda, tout fonctionne par couples d’oppositions : Antigone et Créon, la vie et la mort, l’ombre et la lumière, l’individu et l’Etat… Ce jeu de symboles et d’affrontement de pensées est d’autant plus serré qu’il est interprété par peu de comédiens : trois acteurs se partagent huit rôles, tandis qu’un chœur exclusivement féminin implique quatre participantes, dont une violoncelliste.
L’objectif est d’être « dionysiaque », comme l’affirme Broda. Le résultat est plutôt esthétique, bien dessiné, maîtrisé, un peu froid, régulièrement traversé par la sensibilité de la musique et des chants. Laetitia Lambert, qui joue Antigone (mais aussi Tirésias et Eurydice ! ), est une intéressante rebelle aux douces imprécations ; elle devrait cependant se méfier de ses cris, trop décalés par rapport à son vibrato personnel. Alain Macé interprète Créon dans une force blessée tout à fait convaincante. Peut-être manque-t-il la terre sèche de Grèce sans laquelle la tragédie du frère laissé sans sépulture perd de sa vérité méditerranéenne, mais le spectacle antique, réinventé par un certain style de jeu et par les formes et couleurs utilisées, soit une symphonie en blanc et rouge, a son originalité.

Antigone de Sophocle, traducton de Jean et Mayotte Bollack, mise en scène d’Olivier Broda, scénographie de Ginefri-Corbel, costumes d’Aurore Popineau, lumières de Gilles Gaudet, direction musicale du chœur : Haïm Isaacs, composition violoncelle de Maëlle Dequiedt, composition sonore d’Etienne Bultingaire, travail corporel et chorégraphie dirigés par Grégory Edelein, avec Alain Macé, Maëlle Dequiedt, Sylvain Fontimp, Laetitia Lambert, Claire Mathaut, Anne-Laure Pons, Eve Weiss. Vingtième Théâtre, tél. : 01 43 66 01 13, jusqu’au 6 mai.

© MCNN / Leroux Claire

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