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Aime comme Marquise de Philippe Froget

par Brigitte Coutin

Une évocation joyeuse et efficace du théâtre classique

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Paris, 1668, Marquise, dans sa loge de l’Hôtel de Bourgogne se concentre avant d’entrer en scène… Elle joue Andromaque dans la pièce que Racine a écrite pour elle. Soudain surgit un lieutenant général de la police pour l’interroger, sur ordre du roi, sur les doutes concernant les écrits de Molière. La comédienne qui fit ses débuts dans la troupe de l’Illustre Théâtre et s’est mariée avec un des comédiens René Berthelot dit Du Parc ou Gros-René, est sans doute la mieux placée pour révéler si Molière, qui n’a laissé aucun manuscrit de ses pièces, a profité de la plume de son aîné Corneille. Cette question est le prétexte pour raconter tout le parcours de cette jeune fille, née Marie-Thérèse de Gordla et fille d’un bateleur, qui a fasciné les auteurs les plus illustres du XVIIe siècle jusqu’au roi Louis XIV.
La pièce est une excellente présentation du théâtre du XVIIe siècle et de quelques grands événements historiques telle la visite de Louis XIV à Vaux-le-Vicomte. On redécouvre avec plaisir le parcours de Molière et de sa troupe dans leurs pérégrinations en province. L’histoire privée de Marquise s’imbrique avec l’histoire du théâtre classique de manière subtile et il est plaisant d’entendre des vers ou des scènes de pièces célèbres. La réécriture par exemple de la scène du retour d’Orgon qui se préoccupe de la santé de Tartuffe « le pauvre homme » établissant un parallèle Tartuffe/ Corneille et Elvire/ Madeleine Béjart est très réussie. La rencontre entre Marquise et Corneille est traitée avec humour.
L’écriture de la pièce associe vers et prose. Molière, Racine, Corneille et La Fontaine, hommes de lettres, s’expriment en alexandrins, Marquise passe de la prose au vers au fil de son évolution tandis que la prose modernise les discours des autres personnages. La conjugaison de ces deux formes de discours donne du dynamisme au texte et permet des jeux avec la littérature.
La scénographie reprend le principe du théâtre dans le théâtre avec une disposition sur deux niveaux qui permet de croiser les temporalités et de créer de nouveaux espaces au gré de l’intrique qui nous dévoile l’intimité de Marquise, de Molière et de la troupe. L’envers du décor devient théâtre. La grande estrade en bois et quelques accessoires rappellent les tréteaux du XVIIe siècle. Les costumes, sans être fidèles à la mode du XVIIe siècle, restituent fort bien les allures de cette époque.
Les quatre comédiens excellents font preuve d’une énergie folle pour endosser plusieurs rôles, changer de costumes à toute vitesse et passer d’un registre à un autre avec aisance. Bravo ! Ils nous font vibrer et nous entrainent dans les aventures de Thérèse du Parc tout en nous racontant avec entrain l’histoire du théâtre classique.

Aime comme Marquise de Philippe Froget. Mise en scène de Chloé Froget avec Aurélie Noblesse, Xavier Girard, Christophe Charrier, Chloé Froget ;Lumières, Damien Peray ; Scénographie, Chloé Froget ;Costumes, Viollaine de Merteuil ; Musiques originales ,Christophe Charrier ;Construction décors,Jean-Yves Perruchon.
Avignon, Théâtre Espace Roseau Teinturiers, 45 rue des Teinturiers, 84000 Avignon, à 10h jusqu’au 31 juillet. Durée 1h35

Crédit photo© Jean Bernard Vincent

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