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Critiques / Théâtre

AAAHH BiBi de Julien Cottereau

par Gilles Costaz

La douleur gaie du clown

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Le langage de Julien Cottereau est semblable au titre de son nouveau spectacle : AAAHH Bibi. C’est grommelé plus que parlé ! On ne comprend pas les mots mâchonnés. Et pourtant on comprend tout. Seul en scène, avec un nez rouge qu’il ne met qu’en cours de spectacle, les vêtements en désordre, sur le buste un gilet rouge qui semble avoir été trouvé dans la garde-robe d’un vieux dompteur, Cottereau joue dans la nudité du plateau. Il n’a besoin de rien, d’un nombre d’accessoires réduit à ce qu’on appelle trois fois rien, mais il a besoin du public auquel il emprunte un spectateur adulte et un spectateur enfant au cours de sa ronde méditative. Cette fois, le thème est celui de la transmission. Le personnage fait comprendre qu’il entre dans un cirque ancien et désert, en quête des traces de son grand-père : celui-ci était un clown dont le talent comme les vêtements sont à considérer comme des reliques et des secrets. Le nez rouge, précisément, c’est celui du grand-père qu’il colle au milieu de sa figure.
Mais Cottereau, ce n’est pas vraiment une histoire qu’on nous raconte, ni une succession de gags ou d’embardées vers la drôlerie. C’est un grand artiste qui a en lui de la douleur, de la colère, qui nous emmène dans un rêve personnel, le fait partager avec la présence des personnes qu’il vient chercher dans la salle, qui déclenche pourtant le rire sans cesse : le rire le plus enfantin et le rire le plus adulte en même temps. La mise en scène d’Erwann Daouaphars, qui utilise beaucoup le bruitage, se place discrètement, secrètement, au service de cet interprète au cœur blessé d’une douleur gaie, qui inverse les facilités d’une certaine tradition du clown pour atteindre à un comique d’une grande émotion.

AAAHH BiBi de et avec Julien Cottereau, mise en scène d’Erwan Daouphars, lumières de François Leneveu, son de Rafy Wared et Arski Lucas, scénographie de Philippe Casaban, costume de Coline Dalle.

Le Lucernaire, 20 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 12 janvier.

Photo Karine Letellier.

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