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Critiques / Théâtre

A d’Elie Rapp

par Gilles Costaz

Anticiper ou ne pas anticiper

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C’est le titre le plus court du monde : A. (On mettra hors concours Frédéric Beigbeder qui vient de publier un roman sans titre). Dans l’esprit de l’auteure, Elie Rapp, le sigle A a beaucoup de sens : c’est la lettre du commencement, c’est la première lettre du mot amour... Mais, dans ce jeu avec les lettres autant qu’avec les mots, c’est le sens d’Anticipation qui l’emporte car, dans ce conte d’une fantaisie toute moderne, les deux personnages sont confrontés à la présence ou à l’absence en eux-mêmes d’une sorte de gêne, de chromosome appelé A. Qui possède ce gêne a le sens du futur. Qui ne l’a pas vit uniquement au présent. Le jeune Ali n’a pas été doté de A par la nature. Il s’éprend d’Ana qui, gonflée au A, oublie de vivre dans le présent et court toujours vers l’avenir. Comment s’aimer quand on n’est pas placé au même point du temps ? Peut-on emmagasiner cette molécule qui ne vous a pas été donnée à la naissance ?
Ne croyez pas que ce texte est abstrait ou mathématique ! C’est un jeu de l’esprit, mais toujours dans le plaisant d’une légende d’aujourd’hui et dans l’élégance de l’écriture. Le metteur en scène Euridyce El-Etr a placé l’action autour d’une boîte blanche aux fonctions multiples, tandis que des vêtements suspendus sur les côtés permettent aux acteurs de se changer à vue. Puis elle insuffle un mouvement burlesque qui n’ôte jamais aux acteurs leurs qualités de charme et de fraîcheur rêveuse. Elie Rapp – le prénom semble masculin, mais il s’agit bien d’une actrice – joue sa propre pièce avec une grâce mi-aérienne mi-terrestre. Ludovic Thievon (en alternance avec Thomas Drelon) et Vincent Paillier incarnent Ali et les personnages de passage avec beaucoup de classe dans le gag. Salué dans le off d’Avignon 2016 par le « coup de coeur » de La Provence, ce spectacle de la Royale Breakfast révèle de jeunes talents évidents.

A d’Elie Rapp, mise en scène d’Euridyce El-Etr, dramaturgie de Renaud Boutin, travail de clown de Patrick de Vallette, travail corporel de Maria Mc Clurg, scénographie de Cassandre Boy, lumière de Pierre Daubigny, avec Elie Rapp, Ludovic Thievon ou Thomas Drelon et Vincent Paillier.

La Scène parisienne, 19 h les lundi, mardi et mercredi, tél. : 01 40 41 00 00, jusqu’au 31 décembre. (Durée : 1 h 15).

Photo Aurore Vinot.

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