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Seules en scène au Théâtre de l’Ouest Parisien

par Dominique Darzacq

L’art conjugué au féminin

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Le Festival Seules en scène ( du 14 au 31 mai) a pour double objectif, d’être une parenthèse particulièrement identifiée dans une programmation ouverte sur la diversité des formes et des vocabulaires et mettre en valeur le génie féminin.

« Dans une société qui perd ses repères, le monde féminin reste un point d’ancrage, une part vibrante d’humanité encore mal représentée dans la société et singulièrement au théâtre », estime Olivier Meyer directeur du TOP qui entend par cette manifestation rendre aux femmes leur juste place, avec pour seule unité de mesure le talent et à l’aulne du précepte vilarien selon lequel « il faut offrir au public des spectacles qui donnent envie de vivre ». De larmes en éclats de rire, tel est le sceau de cette troisième édition portée par sept comédiennes de haute intensité et qui, chacune à leur manière, ont gardé en elles, « cette voix de l’enfance, ce don du ciel » qui, comme l’a si bien dit Louis-René des Forêts « offre aux mots desséchés , l’éclat de son rire, le sel de ses larmes, sa toute puissante sauvagerie ».

Sept comédiennes dans une traversée en solitaire sans autre boussole que la

langue et les mots, avec leur flux , leur reflux et leur rythme. Une aventure, un défi d’autant plus tentant, si, comme Martine Chevalier, sociétaire de la Comédie Française, le cadre habituel est celui du travail en troupe. Dirigée avec doigté par Marc Paquien, c’est elle, et sous le signe de la passion, qui frappe les trois coups du Festival, avec La Voix humaine (du 14 au 16 mai) de Jean Cocteau. Une tragédie de la rupture dans laquelle nous dit l’auteur, « le rideau s’ouvre sur la chambre du crime » avec pour arme effroyable le téléphone.

Souveraine et misérable, forte autant que désarmée, Martine Chevalier nous rend palpable l’ interlocuteur qui l’abandonne et, d’épanchement en abandon, d’accablement en sursauts de révolte et de fierté, nous embarque magistralement dans les infinis méandres de la douleur et de la passion amoureuse hissée jusqu’à la folie.

Autre destin fracassé, celui de La dame de Monte-Carlo court monologue lyrique écrit par Jean Cocteau pour Francis Poulenc, que Marc Paquien a judicieusement inscrit en prélude à La Voix humaine .

Gainée d’une longue robe de soie noire, Véronique Vella, voix de mezzo légèrement tannée de tabac, campe de façon saisissante cette Dame, veuve déchue « que la passion du jeu a perdue et qui veut tenter sa chance une dernière fois avant de se suicider ». Sociétaire de la Comédie Française dont le cœur ne cesse de balancer entre le théâtre et le chant, Véronique Vella trouve là la belle occasion de réunir ses deux amours, un bonheur en même temps qu’un « challenge » pour elle qui chante à l’oreille, car « la partition de Poulenc impose d’être respectée au soupir près. « Il s’agit, dit-elle, de faire coïncider la précision rythmique de la musique avec mes rythmes intérieurs d’actrice ». ( du 14 au 16 mai)

D’une certaine manière c’est aussi de passion et de folie, dont il est question avec Une histoire de clés de et avec Nathalie Akoun. Cintrée dans son imperméable, une mère célibataire soliloque . Pétrie de solitude, égarée dans la vie, elle inonde ses enfants d’un trop plein d’amour et tente de se justifier. Sous la direction d’Olivier Cruvelier, Nathalie Akoun incarne une « Médée » immature dépassée par les évènements et à travers un amour maternel obsessionnel, « nous laisse entrevoir le drame des familles monoparentales, des enfants livrés à eux-mêmes ». (23-24 mai)

Pour sa part, c’est dans le flot chaotique des pensées de Molly Bloom que se glisse Céline Salette. A l’orée du sommeil, alors qu’Ulysse Bloom son mari n’est pas encore rentré, elle évoque, en toute impudeur, l’amant qui vient juste de partir, ses plaisirs, ses désirs mêlés de considérations triviales. Ce long monologue qui serpente comme une rivière en crue, clôt le roman Ulysse de James Joyce pour qui Molly « est une femme parfaitement saine, complète, amorale, amendable, fertilisable, déloyale, engageante, astucieuse, bornée, prudente, indifférente ». Autant de facettes que Céline Salette décline avec verve.(21-22 mai)

De la verve, Peggy Guggenheim n’en manquait pas. Pour tout dire elle avait la langue bien pendue et même parfois un peu canaille. Mécène initiée à l’art par Beckett et Cocteau, elle a su rassembler autour d’elle les grands noms d’aujourd’hui, alors inconnus, de Picasso à Calder en passant par Arp, Léger, Giacometti, Pollock, Max Ernst qui fut son second mari. Finement dirigée par Christophe Lidon, Stéphanie Bataille incarne avec gourmandise, cette femme hors du commun, tout à la fois excentrique, provocatrice, visionnaire et follement libre. Face à son miroir, elle nous livre au passage quelques réflexions sur l’art et la vie (30-31 mai)

C’est un univers frotté de douleur et d’espoir que fait surgir Nathalie Bécue, avec L’Apprentie sage-femme de karen Cushman. Dans un village anglais du Moyen Âge, une petite fille sans domicile et sans nom est trouvée sur un tas de fumier par Jeanne la pointue, sage-femme de son état. Elle a besoin d’une aide, elle la prend avec elle. Au terme d’une rude épopée d’apprentissage, la petite fille gagnera un prénom (Alice) et un métier ( sage-femme).
Conteuse et magicienne, à la fois terrienne et souple, Nathalie Bécue, d’un geste, d’une intonation, donne corps et vie à un peuple villageois haut en couleur, sa mémoire devient la nôtre. On voit les parturientes, les nouveaux nés, les pères, les garnements, et même le chat son seul ami, nous la suivons fascinés sur son chemin initiatique et n’en sortons pas tout à fait indemnes. (28-29 mai)

Nommée aux Molières 2009 pour Sacrifices , un « cri de révolte dédié aux femmes résistantes, aux rages étouffées et aux existences martyres », Nouara Naghouche, alsacienne issue de l’immigration algérienne, n’a rien perdu de sa rage ni de son humour corrosif , seule arme de destruction massive à opposer à l’intolérance, l’injustice, l’exclusion, qui sont
la pâte de ses spectacles. Obsédée par ceux que la vie laisse au bord de la route, avec Nique la misère elle portraitise à vif une galerie de personnages « à travers lesquels se dévoilent les paradoxes d’une cité chaleureuse mais empreinte de misère ». Elle danse, chante, joue comme on combat et en tout éclats de rire nous bouleverse. (25-26 mai)

Seules en scène Théâtre de l’Ouest Parisien ( TOP) du 14 au 31 mai
Tel 01 46 03 60 44 www.top-bb.f

Photos : La Voix humaine de Christophe Raynaud de Lage, L’Apprentie sage femme- Bruno Steffen

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