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Papa, maman, Staline et moi de Marc Rozovsky

par Corinne Denailles

Un récit autobiographique des heures sombres en Union Soviétique

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Il faut aller voir cet étonnant spectacle russe écrit et mis en scène par Marc Rozovsky. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, metteur en scène très actif, il a reçu le titre honorifique « d’artiste du peuple ». Son théâtre de la porte Nikitsky créé en 1983 a reçu le statut de théâtre d’état . La presse a qualifié cette nouvelle troupe de Moscou « d’enfants de la Perestroïka ». Ils sont environ 80 comédiens, tous acteurs, danseurs et chanteurs ; chacun peut prendre en charge une mise en scène.
Papa, maman, Staline et moi est un récit autobiographique qui débute par l’arrestation de son père, alors que le petit Marc a 8 mois. On est en 1937, le père est ingénieur pour le chantier naval de la ville. La pièce met en scène les méthodes staliniennes destinées à faire régner la terreur dans le pays. Arrestations abusives, tortures pour obtenir des aveux de crimes inexistants. Libération des prisonniers pour mieux les reprendre quand ils se croiront hors de danger. Arrêté et libéré deux fois, Sioma est finalement envoyé en colonie pénitentiaire. Il souffrira des méthodes terribles du chef de la police Béria. C’est l’époque de l’affaire des « blouses blanches », signe patent de l’antisémitisme d’état ; on a accusé des médecins juifs d’avoir assassiné des membres du Parti communiste soviétique. Sioma était d’origine juive (sa femme d’origine grecque), il a été déclaré « ennemi du peuple » en 1937 et blanchi de tous soupçons en 1954.
La mise en scène laisse la part belle aux comédiens qui sont tous exceptionnels ; doués d’une incroyable présence, ils ont l’art d’instaurer une proximité avec le public ; pour un peu on se sentirait membre de la famille, amis proches. Le décor est simple, une table, deux chaises, une lampe d’interrogatoire. Des projections videos mêlent des images de guerre, de misère, à des représentations symboliques obsédantes, telles une lampe jaune menaçante qui se balance, une porte qui s’ouvre et se ferme lentement sur rien.
Qui sait encore aujourd’hui ce que furent les purges soviétiques, le climat de terreur et de misère que le pouvoir faisait régner au nom du socialisme ? « Le monde ne meurt pas à cause des voleurs mais à cause de la haine », dit l’auteur en citant Tchekhov. A travers le récit de l’histoire de ses parents, Marc Rozovsky réactive ces épisodes tragique de la grande histoire et fait oeuvre de passeur rappelant qu’il faut se souvenir pour que toutes ces vies brisées ne tombent pas dans l’oubli.

Papa, maman, Staline et moi de Marc Rozovsky, traduction, Nilda Fernandez et Olga Guerassimova. Mise en scène et décor Marc Rozovsky. Avec Valey Sheyman, Natalia Baronina, Mikhail Ozornin, Denis Saraykin, Denis Yuchenkov ou David Davidenko), Andrey Molotkov, ou Yuri Golubtsov, Konstantin Ivanov ou Nikolay Zakharov. Video Sergei Novozhilov. Avignon, Chien qui fume jusqu’au 28 juillet 2019 à 14h. Spectacle en russe sur-titré en français. Résa : 04 84 51 07 48.

© Nadya Pyastolova

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