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Mort d’Alain Ollivier

par Dominique Darzacq

La disparition d’un seigneur

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Comédien, metteur en scène, Alain Ollivier, disparu le 21 mai, n’était pas de ceux qui étalent leur ego et brassent l’air de déclarations fracassantes. Discret, voire distant parfois, il n’en a pas moins « piétiné la scène » passionnément, convaincu qu’elle est « l’espace où se délie la langue ». A y regarder de près, c’est sur ce fil là que s’est tramée sa vie artistique.
Un parcours commencé à l’âge des culottes courtes où, sous la férule des jésuites du Collège Saint-Joseph d’Avignon, il joue Antigone en grec et Plaute en latin. Pour ses maîtres, il s’agissait d’exercices de pédagogie religieuse, pour lui, ce fut à onze ans, le feu aux poudres. Plus tard, apprenti comédien à l’école Charles Dullin abritée au TNP de Jean Vilar où il entend les voix de Maria Casarès, Philippe Noiret, Charles Denner, Alain Cuny, qui fut avec Georges Wilson, son professeur, Alain Ollivier se façonne l’oreille en même temps qu’il s’ouvre l’esprit en rôdant du côté des petits théâtres de la Rive gauche. Il y découvre Les Nègres de Genet dans la mise en scène de Roger Blin, qu’il reçut comme une enivrante lampée de langue et de sonorités inhabituelles. Ces apprentissages là imprègnent l’itinéraire exigeant d’Alain Ollivier qui d’emblée, plus qu’une place dans la vie culturelle, aspira à une vie dans l’art. Assez vite et simultanément, metteur en scène et comédien, il ne cessera de passer de l’un à l’autre.
Comédien couronné deux fois par le Prix de la critique, il a travaillé avec Peter Brook, Roger Planchon, Jacques Lassalle, Antoine Vitez, joué Vinaver et Sophocle, Kroetz et Molière.

Le metteur en scène remporte en 1965 le concours des jeunes compagnies avec La Poudre d’intelligence de Kateb Yacine, qui sera une rencontre déterminante tout comme le sera plus tard celle de Pierre Guyotat qui, avouait-il, lui permit de comprendre de façon sensible la nature de l’inspiration poétique. C’est après avoir joué Tombeau pour 500.000 soldats, expérience révélatrice, qu’ Alain Ollivier mettra en scène Bond en avant et Bivouac.
Plus tard, il montera Claudel, Hölderlin, Witkiewicz, et sera un des premiers à s’intéresser à Thomas Bernhard de qui il créa L’Ignorant et le fou.

Du Studio Théâtre de Vitry (1983-2001) au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (2002- 2007), c’est avec l’élégance d’un seigneur qu’il œuvra sans rien lâcher de deux principes essentiels à ses yeux : Le théâtre comme commerce d’une action poétique et terre d’accueil de la jeune création. De l’un à l’autre, c’est chez lui que des metteurs en scène aujourd’hui reconnus (Frédéric Fisbach, Daniel Janneteau, Marc Paquien…) firent leurs débuts. De l’un à l’autre, attentif à la relation de l’œuvre et du public, sachant toujours où il se situait, il aura monté des auteurs singuliers à la langue flamboyante (Genet, Claudel, Villiers de l’Isle-Adam, Nelson Rodriguez) et de Brecht à Corneille, d’Olivia Rosenthal à Maeterlinck, alterné classiques et contemporains.
Avec lui disparaît un créateur pour qui les convictions ne s’expriment pas en slogans mais en actes et pour qui le théâtre se doit, absolument, de fricoter avec l’art et avoir le fumet de la pensée. En cela, Alain Ollivier manquera à la scène autant qu’à ses amis.

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