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Critiques / Théâtre

Monsieur Motobécane de Bernard Combrey

par Corinne Denailles

Confession publique

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Depuis 2005, Bernard Crombey n’est pas descendu de sa motobécane. Le succès l’attendait au théâtre du Rond-point en 2009, puis il a enchaîné les représentations sans faiblir. Le texte est inspiré du roman de Paul Savatier, Le Ravisseur (1977) qui relatait un fait divers datant de 1975 dont Jacques Doillon avait fait un film, La Drôlesse (1979). Alors que dans la vraie vie, il s’agissait d’un rapt d’enfant, ici, c’est l’enfant, Amandine, 10 ans, qui avait demandé asile à un brave gars pour échapper à sa mère qui la battait. Et l’homme, pas méchant pour un sou et le cœur grand comme ça, n’a pas résisté et a caché la p’tiote, à l’insu de sa mère alcoolique et de son pochard de compagnon, dans le grenier où on l’a rencogné. Il sent bien que la situation va lui attirer des ennuis, mais le jeu en vaut la chandelle ; pour la première fois de sa vie on lui dit qu’il est gentil, on lui donne un peu d’affection. Mais l’histoire tourne mal, évidemment. Il est débusqué et envoyé en prison, accusé de toutes les horreurs. Dans sa cellule, il confie son histoire à son « cahier de vérités », pour si jamais son frère comédien s’y intéresserait un jour. Bernard Crombey interprète avec beaucoup de sensibilité et de sobriété ce grand gaillard cabossé par la vie, complètement bancal. Le corps tout en raideur, les traits taillés au couteau, les mâchoires serrées, tout chez lui dit la souffrance et la solitude. Victor, qui jusque-là n’avait pour amie que sa mobylette bleue, a rencontré chez Amandine son alter ego et elle l’a bien reconnu immédiatement. Deux enfants sauvages rejetés par la société qui se consolent en ensemble de la méchanceté des hommes. Crombey a situé l’histoire dans sa Picardie natale. Victor, qui s’exprime dans une langue drue et imagée, a un accent rugueux, terrien qui ajoute à son côté mal dégrossi. Si les gens du village et leurs réactions mesquines et intolérantes semblent caricaturaux, il ne faut pas oublier que bien souvent, la réalité dépasse la fiction. Les lumières et la scénographie signées Yves Collet contribuent à faire de ce spectacle un beau moment d’intimité.

Monsieur Motobécane de et avec Bernard Crombey. Avec la complicité de Maurice Bénichou. Lumières et scénographie Yves Collet. Au théâtre de Belleville, jusqu’au 30 décembre. Durée 1H15Novembre : lun. à 19h | dim. à 17h30
Décembre : lun. à 19h | mar. à 19h | mer. à 21h15 | dim. 17h30
Réservations 01 48 06 72 34 l reservations theatredebelleville.com

 photo DR

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