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Critiques / Théâtre

Menahem Mendl le rêveur de Sholem Aleicheim

par Corinne Denailles

Un grand art de conteur

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Sholem Aleichem (1859 Péréiaslav-1916 New York), grand auteur de littérature yiddish, a beaucoup écrit, des romans, des pièces de théâtre, des contes, des feuilletons dans la presse yiddish. L’histoire de la célèbre comédie musicale Un violon sur le toit (1964) est inspiré d’un de ses personnages, Tevye le laitier. Très connu en Amérique, il a eu droit à des funérailles grandioses suivies par une foule innombrable.

Riche héritier, Aleicheim avait perdu toute sa fortune dans une spéculation boursière après en avoir dissipé une bonne partie à jouer les mécènes. Avec son Menahem Mendl il se tire un autoportrait littéraire plein d’humour et de tendresse mais sans concession. Menahem a quitté son shtetl pour chercher fortune dans quelques grandes villes russes. Au cours de ce voyage qui n’en finit pas, il correspond avec sa femme, Scheiné-Scheindl, restée dans leur village de Kassrilevké pour s’occuper des enfants, de sa mère, de la maison. Ils forment un couple contrasté ; elle a un sacré tempérament, son franc parler et les deux pieds ancrés dans la terre russe ; il est naïf, crédule, dénué de toute malice. Cent fois elle le menace, se fâche, lui enjoint de rentrer à la maison, de laisser tomber ses folies, lui envoie de l’argent en vain pour payer son retour et continue à lui vouer un tendre et indéfectible amour. A chaque fois il promet que c’est la dernière, qu’il a compris et à chaque fois une affaire mirifique envoyée par Dieu se présente ; il se laisse embobiner par le premier bonimenteur venu et se retrouve plumé sans même avoir eu le temps d’y penser. Tour à tour boursicoteur, courtier, marieur, il court de ville en ville après la fortune mais ne récolte que du vent.

Chaque lettre débute par les mêmes rituels ; chacun s’enquiert de l’autre et formule des vœux de bonne santé avant d’en venir à l’essentiel. Scheiné-Scheindl raconte les petites catastrophes familiales, les bêtises des enfants, à tout bout de champ elle cite sa mère, ses dictons et autres aphorismes (« comme dit ma mère, un sourd a entendu un muet raconter qu’un aveugle avait vu courir un boiteux ») détour habile pour se moquer gentiment.
Pauline Vaubaillon campe avec grand talent ce personnage haut en couleur, entier, bon comme le bon pain et bien réaliste. Elle traduit la tendre rugosité du personnage. Florent Flavier joue sur un registre un peu évanescent, moins dessiné mais d’une belle présence. La mise en scène sobre joue de détails pour animer ce dialogue à distance et fait feu de tout bois dans le minuscule espace du théâtre de la Huchette. C’est simple, vivant, touchant. Le spectacle met joliment en valeur le talent de cet auteur qu’on a appelé le Mark Twain juif et dont le personnage évoque le Charlot de Charlie Chaplin.

Menahem Mendl de Sholem Aleicheim, adaptation Hélène Cohen et Roger Kahane ; mise en scène Hélène Cohen. Avec Pauline Vaubaillon et Florent Flavier. Au théâtre de la Huchette les lundis à 20h.

Menahem-Mendl, le rêveur, Paris, Rivages

© Thomas Baudeau

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