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Critiques / Théâtre

Ma Colombine de Fabrice Melquiot

par Corinne Denailles

A la rencontre d’Omar Porras

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Depuis que Fabrice Melquiot a découvert le Ay Quixote ! de Omar Porras au Théâtre de la ville (2001), les deux artistes ont entamé une conversation ininterrompue. Tous deux directeurs d’un théâtre en Suisse romande où ils ont choisi de travailler, Fabrice Melquiot à la tête du théâtre pour la jeunesse Am Stram Gram, Omar Porras, directeur du Théâtre Kleber-Méleau. Sur l’idée de Fabrice Melquiot de faire d’Omar Porras le sujet d’un spectacle, ils sont partis tous les deux en Colombie, sa terre natale. De ce voyage sur le toit de la Cordillère des Andes est née une auto fiction poétique dont le personnage s’appelle Oumar Tutak Hijode Chibcha Vuelo de Condor Suvan y Ven, double fictionnel d’Omar Porras dont le nom rend hommage aux ancêtres indiens. On y rencontre aussi le frère d’Omar, Fredou Tutak Don Guayacan Taita Caiman del Orinoco, le talentueux scénographe de nombre de spectacles de son frère Omar. Rarement récit biographique aura été aussi poétiquement raconté, en harmonie parfaite avec l’univers tragi-comique et baroque de l’artiste colombien, ici acteur et clown. Seul en scène, avec pour accessoires un arbre magique et un tas de pierres, Omar Porras anime une série de saynètes inspirées de sa vie et transmuées en conte théâtral par la virtuosité de l’auteur. On y rencontre le professeur généreux en humiliations éducatives qui, malgré lui, révèlera la nature artistique de l’enfant. Et puis la mère qui incite aux études, le père qui grogne que ça ne sert à rien, la soeur handicapée et le frère champion de saut à la perche. D’un bond de kangourou volant, d’une fabuleuse détente de jarret, le perchiste dépose Oumar sur le sol de Paris où tout commence.
A côté des images poétiques, on lit les déchirements de la Colombie où guérilleros, narcotrafiquants et militaires complotent ensemble pour le plus grand malheur du peuple, de la place de la religion et aussi des légendes anciennes, de Quetzalcoalt, l’oiseau légendaire multicolore, de la nature généreuse, de la terre mère, Pacha Mama, être poétique (et hommage à Ariane Mnouchkine) dans lequel, tel Jonas, il trouve refuge et découvre que le théâtre est sa vie : « C’était sûr, c’était là ma maison, le théâtre. Ça l’avait toujours été. Ma maison sans mur ni toit, ouverte aux nuages qui passent, aux géantes, aux anges et aux aigles. Je pouvais dire : je suis libre. »
Omar Porras maîtrise magnifiquement l’art du clown, un clown tout en finesse et en souplesse, roi de l’interpellation du public, de la mimique expressive et du pas de danse esquissé. Il a dessiné un univers sonore inventif d’une extrême précision et d’une grande délicatesse (bruitages et musiques confondus) qui participe à la tonalité et au rythme d’un spectacle qui transcende la réalité pour faire théâtre. Ma colombine « c’est l’histoire d’un petit Colombien, sur le trottoir de Bogotá. Il a les mains dans les poches et les yeux au ciel. Colombine, où es-tu ? Qui es-tu ? Il cherche la lune car la lune sait tout, il cherche une luciole qui ne s’éteint pas dans un théâtre qui ne ferme pas, il cherche un rêve qui dure toute la vie. Vous le voyez ? Moi, je le vois. Quand je vous regarde, je me vois. »

Ma Colombine de Fabrice Melquiot. Scénographie, costumes et jeu,Omar Porras.
Création lumière Marc-Etienne Despland et Omar Porras. Création sonore Emmanuel Mappey. Conseil musical et piano, Cédric Pescia. Avignon, Gilgamesh à 11h40. Durée : 1h15. Réservations au 04 90 89 82 63.

Ma Colombine est édité aux éditions La Joie de lire, coll. La Joie d’agir, mars 2019.
Ma Colombine est édité aux éditions L’Avant-Scène Théâtre, avril 2019.

Photo Ariane Carton Baladeau

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