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Critiques / Théâtre

Lothar versus Charlotte

par Corinne Denailles

Thierry Lopez transcende les genres

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Enfant, Lothar aimait enfiler des vêtements de femme ; sa tante lui répétait qu’il aurait dû être une femme et qu’elle aurait dû être un homme. Ainsi, quelques années plus tard, Lothar Berfelde est devenu Charlotte Mahlsdorf, transgenre plus qu’assumée, une personnalité subversive, toujours du côté des minorités indésirables, qui a traversé les heures sombres de l’histoire sans encombres, au nez et à la barbe des nazis et plus tard des communistes, malgré quelques compromis avec la Stasi qui l’avait à l’œil. Antiquaire, elle ouvre le Gründerzeit Museum à Berlin-Mahlsdorf, qui se visite aujourd’hui, dans lequel elle présente ses collections de meubles allemands qu’elle avait sauvés de l’oubli et où elle anime un cabaret dans lequel elle se produit. Charlotte qui n’a jamais plié l’échine devant personne, ignore la peur, elle est une figure de la résistance à bien des égards et sa revendication de la différence dépasse la question du genre.
Steve Suissa a mis en scène l’adaptation de Marianne Groves de la pièce de Dough Wright, I am my own wife (titre anglais de l’autobiographie écrite par Charlotte), qui raconte l’histoire de ce personnage haut en couleur, sur lequel il a longuement enquêté, qui se compare elle-même à Mata Hari dont les activités d’espionne restent aussi douteuses que celles de Charlotte.
Le comédien Thierry Lopez, vêtu d’une robe longue noire, prête à Charlotte sa silhouette longiligne juchée sur de hauts talons, ses jambes interminables, son sourire enjôleur. Il est Charlotte et pourtant, barbu et sans maquillage, il ne l’incarne pas ; il campe une trentaine de personnages qui ont traversé la route de Charlotte ; il est hilarant dans ses imitations éclair d’une galerie de journalistes internationaux. Dans la gravité ou la dérision, à l’exception de quelques excès de jeu, le comédien est un formidable conteur qui interprète tous les personnages de son récit.

Ich bin Charlotte de Dough Wright, adaptation Marianne Groves, mise en scène Steve Suissa, avec Thierry Lopez. Décor, Natacha Markoff ; lumières Jacques Rouveyrollis ; costumes, Jean-daniel vuillermoz ; chorégarphie, Anouk Viale. Au Poche –Montparnasse, les mardis et mercredis à 19h jusqu’au 10 juillet. Durée : 1h10. Résa : 01 45 44 50 21.
Créée au festival d’Avignon 2018, la pièce a été jouée durant toute la saison 2018-2019 au Poche-Montparnasse.

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