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Critiques / Théâtre

Le Silence de Molière de Giovanni Macchia

par Jean Chollet

Paroles de femme

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En 1975, cet écrivain italien et critique littéraire (1912 – 2001), grand connaisseur de la culture française, imagine un entretien qui révèle les pensées secrètes d’ Esprit - Madeleine Poquelin, (1665 – 1723), fille de Molière et d’Armande Béjart, méconnue, et enfermée dans la solitude et dans un silence d’apparence protecteur en absence de bonheur. Il prend forme dans la rencontre de cette femme avec un jeune homme, passionné par l’œuvre de l’auteur du Malade imaginaire , venu quêter des informations sur celle-ci. C’est l’occasion pour elle de livrer ses secrets et souvenirs, douloureux depuis l’enfance auprès d’un père aimé et admiré, malgré les suspicions répandues sur sa vie conjugale, mais auquel elle refusera de s’engager à ses côtés dans le théâtre, tiraillée entre amour et rejet, en portant toute sa vie un sentiment de culpabilité. Mise à part sa haine pour Racine, le désamour pour sa mère, pas de traces de révoltes dans une vie pour laquelle elle a choisi de mener une existence sans éclats, alors qu’un destin plus brillant lui était offert. Le texte de Giovanni Macchia libère ses silences, pour lui donner la parole dans la fiction en offrant des tentatives de réponse, qui, au delà du contexte historique et du théâtre dans le théâtre, tisse aussi et sans pathos, un touchant portrait de femme.

Cette nouvelle version offre à Ariane Ascaride (lire sur Webtheatre l’interview de Dominique Darzacq) un nouveau retour au théâtre, dont ses succès au cinéma ont partiellement estompé l’ancrage. Sous la conduite affinée et attentive, sans effets superflus, de Marc Paquien, qui prouve une nouvelle fois sa capacité à mettre en lumière les actrices, elle expose sans retenue les différentes tonalités du personnage. En rendant palpable les fractures d’un débat intérieur jusque dans l’ineffable, dans les échanges avec son partenaire Loïc Mobihan, mais le plus souvent dans les monologues qui constituent l’essentiel de sa partition, dont les ponctuations et accents parfois inattendus ou brusqués, témoignent des fluctuations de ses états d’âme. Au cœur du fin décor de Gérard Didier, évoquant sobrement l’espace du couvent dans lequel Esprit – Madeleine s’était retirée, mais également un retour dans la maison familiale à travers une vue en transparence dont les reflets deviennent signifiants, sous les belles lumières de Dominique Bruguière.

Le Silence de Molière de Giovanni Macchia, traduction Jean – Paul Manganaro et Camille Dumoulié (Editions Desjonquères), mise en scène Marc Paquien, avec Ariane Ascaride, Loïc Mobihan et la voix de Michel Bouquet. Décor Gérard Didier, lumières Dominique Bruguière, costumes Claire Risterucci, son Xavier Jacquot, coiffure et maquillage Cécile Kretschmar, collaboration artistique Martine Spangaro. (1h20) .

Théâtre de la Tempête jusqu’au 16 octobre 2016.
Photo © Pascal Victor

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