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Le Festival Off Avignon

par Dominique Darzacq

Des chiffres et des rêves

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Cette année le Off Avignon a joué les prolongations par rapport au Festival officiel et a continué de jouer jusqu’au 30 juillet. Une décision qui n’aura guère profité aux compagnies puisque la majorité des spectacles, y compris ceux qui affichaient complets ont vu leur fréquentation baisser. La démonstration au détriment des compagnies qui y laissent des plumes, que sans ses deux roues, la bicyclette Festival patine. Il n’est pas certain, en effet, que privé du Off, le In ne perde pas un peu de son attrait. C’est pourquoi sans doute, après s’être longtemps regardés en chiens de faïence, les deux parties de cet évènement commun qu’est le Festival d’Avignon renouent le dialogue comme s’est plu à le souligner, lors de sa conférence de presse bilan Raymond Yana, le nouveau Président de l’AF&C, Association organisatrice.

Avant de sacrifier au rituel des chiffres, il a rendu compte des compagnies distinguées par le vote électronique du public. Six compagnies, dans leur discipline respective, ont obtenu le Prix du public. Il s’agit, pour le théâtre de La Fosette bleue de Raphaëlle Moussafir mise en scène Catherine Schaub, d’Emma la Clown pour Emma Mort, même pas peur dans la catégorie clown/cirque. Pour le spectacle musical /concert Monsieur Choufleuri restera chez lui par la Compagnie Elexir enchanté, Double par la Compagnie Dessources - Nono Battesti pour la danse. Pour la catégorie poésie/lecture/conte Eloge du rien - La vie passante de Christian Bobin par la compagnie Epices et parfums et enfin Cœur cousu d’après le roman de Carole Martinez par la compagnie de fil et d’os dans la catégorie mime/marionnette-objet/magie.

Au chapitre des chiffres, le menu était copieux. Ainsi, et pour ne dire que l’essentiel, le Off aura proposé dans 129 lieux dont 123 théâtres, 1416 spectacles, dont 1042 créations, 166 spectacles jeune public et 135 venus de l’étranger. Il aura intéressé 4132 professionnels parmi lesquels 1388 programmateurs et 605 journalistes dont 55 de la presse internationale.
Si on estime à 1,3million le nombre de spectateurs que draine le Off, le chiffre reste approximatif faute d’une billetterie centralisée qui permettrait de comptabiliser le nombre de places achetées. C’est sur d’autres chiffres, ceux des 55.815 cartes Off vendues soit de plus de 500 par rapport à l’année dernière, que s’est appuyé Raymond Yana pour remarquer, faisant allusion à l’attentat de Nice, « qu’en dépit de difficiles moments, le public avait répondu présent ».


Pour faire le Off en tant que directeur de lieu et directeur de compagnie depuis vingt ans , élu président de AF&C au mois de janvier dernier, Raymond Yana est aux premières loges pour prendre la mesure des dangers qu’encoure un Off sans cesse exponentiel , Avignon étant devenu le seul endroit où les programmateurs viennent faire leur marché, mais où le public n’est pas extensible. Pour lui, il s’agit, pour sauver autant que faire se peut les meubles du Off, de bouger les lignes susceptibles de le faire évoluer sans l’affadir, qu’il reste le trépidant territoire saltimbanque où l’on va à l’aventure.

Un projet développé en plusieurs étapes, dont deux ont été ébauchées cette année. La première, relative à la professionnalisation du Off, indiquait clairement dans le programme qui récence tous les spectacles, s’il s’agissait d’une production de troupe amateur ou professionnelle, la deuxième dans le cadre de ce qu’il appelle l’éco-Festival, a été l’interdiction, sous peine d’amende, d’apposer des affiches dans certaines parties de la ville. Outre que l’inflation des affiches représente quelque quarante tonnes de déchets papier, elle est aussi la conséquence de notre société libérale qui fait des compagnies un marché. C’est ainsi que, remarque Raymond Yana, beaucoup de sociétés se sont mises en place pour assurer l’affichage, ce qui participe de l’inflation des affiches et coûte beaucoup d’argent aux compagnies sans être vraiment rentable. Distribuer des tracts, faire des parades sont bien plus efficaces explique encore Raymond Yana dont un des grands soucis est la précarité dans laquelle se trouve nombre de troupes et particulièrement les jeunes troupes émergentes. C’est pour les aider qu’il envisage de créer un fonds de solidarité qui serait alimenté en partie par le public lors de l’achat de son billet qu’il paierait entre 80 et 90 cts de plus. D’où l’ambition de mettre en place une billetterie commune à tout le OFF tel que ça se pratique au Festival d’Edimbourg.

Surtout gardez-vous bien, devant l’ampleur de la tâche qu’il se donne, de dire au nouveau Président qu’il est un rêveur, il vous rétorquera qu’il a été élu pour ça et que, « lorsqu’on est au pied d’une montagne il ne faut pas se demander si on réussira à la franchir, mais réfléchir aux moyens de la gravir. »
Outre sa régulation, sa professionnalisation, la conquête du public , l’ouverture d’un village Off pour enfants sont quelques-uns des sentiers escarpés sur lesquels il entend engager le Off, « pour le bien des artistes comme du public ».

Photos ©DR

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