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La Maison des Métallos : au croisement de l’éducation populaire et de l’ambition artistique

par Dominique Darzacq

Rencontre avec Philippe Mourrat

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Conviviale vigie plantée au cœur du quartier Belleville-Ménilmontant,, la Maison des Métallos dirigée depuis 2009 par Philippe Mourrat se veut lieu de croisements des arts, des idées et des publics

Vous aimez à dire que les activités de la Maison que vous dirigez porte dans ses gènes le passé du lieu. Pourquoi ?

La Maison des métallurgistes, dont l’établissement culturel d’aujourd’hui a tiré son nom, ne fut pas seulement celle de la branche métallurgique de la CGT, elle fut également un lieu d’intense vie sociale et de formation. C’est notamment ici – car personne n’en voulait à cette époque-là - qu’ont eu lieu les premiers cours d’accouchement sans douleur. Ce que l’on sait moins, c’est qu’avant 1936 et de devenir, avec le Front Populaire, un lieu emblématique du militantisme syndical et éducatif, le site avait déjà partie liée avec la culture puisqu’il abritait une manufacture d’instruments de musique.

C’est de ce riche passé que s’alimente notre ligne artistique qui a pour souci premier de proposer des créations ou des productions où s’infusent ensemble l’art et la société, l’art et la politique. Un objectif induit également par notre présent géographique. Nous avons, en effet, la chance d’être au cœur du quartier Belleville-Ménilmontant qui, par son brassage ethnique, est un peu le reflet de la mondialisation. Entre foyer pour travailleurs africains, HLM et boboïsation, s’y côtoient les générations et les milieux sociaux dans la diversité de leurs pratiques culturelles, religieuses. Un foisonnant mélange dont nous nous inspirons pour élaborer notre programmation et mettre en musique la vie de la Maison des Métallos.

La proposition artistique comme moteur

Est-ce pour être en écho avec la diversité du quartier qu’hier vous mettiez à l’affiche « A mon âge je me cache encore pour fumer » et que ces jours derniers, vous braquiez les projecteurs sur la Palestine ?

Le spectacle A mon âge je me cache encore pour fumer de l’actrice dramaturge Rayhana avait d’autant plus sa place ici, que la culture musulmane y est importante. La question de la place de la femme dans cette culture est une question qui se pose tous les jours, ce qui n’empêche pas d’y croiser des jeunes issus de l’immigration très libérés. C’est un contraste dont nous devons tenir compte.

En ce qui concerne la Palestine, point de focalisation emblématique de la tension entre l’Orient et l’Occident, c’est un sujet que nous avons eu l’occasion d’aborder à travers certains spectacles comme Chronique de la vie palestinienne une comédie-cabaret d’Adel Akim er Kamel Al Braha ou encore avec Quand m’embrasseras-tu ? Un spectacle de Claude Brozzoni d’après les textes de Mahmoud Darwich avec Abdelwaheb Sefsaf comédien musicien que nous venons de retrouver avec Madina Merika, une comédie musicale librement inspirée de l’écrivain turc Orhan Pamuk. Mais avant le sujet ou le thème, ce qui nous motive d’abord c’est la proposition artistique. Quotidiennement à l’écoute des artistes, en fonction de ce que nous propose un comédien, un metteur en scène, un chorégraphe, un musicien, un écrivain, un vidéaste, nous voyons émerger les fils d’une focalisation possible. C’est ce qui s’est passé pour la Palestine. Il se trouve qu’après avoir vu le magnifique spectacle documentaire sur la Palestine L’impossible neutralité de la troupe belge Le Groupov , nous avons eu la proposition de deux installations, l’une de Médecins sans frontières , La Palestine entre deux guerres qui est une immersion dans le quotidien des palestiniens, l’autre de l’artiste vidéaste Christophe Meierhans Vous m’ôtez les mots de la bouche qui nous interpelle sur les rapports le plus souvent décalés entre orientaux et occidentaux. A partir et autour de ces propositions artistiques, nous avons organisé des rencontres, des débats avec des acteurs, des intellectuels de points de vue parfois différents car nous souhaitons que cette maison soit aussi un forum permanent.

Séduire Belleville sans désespérer Paris

Conjointement à la ligne de fond qui sous-tend son contenu, du théâtre à la danse en passant par la marionnette , les spectacles de clown, les performances et les seuls en scène, il semble que votre programmation mise sur l’éclectisme. Pourquoi ?

Etablissement public parisien, nous nous devons de cultiver notre proximité tout en agitant Paris et au-delà, essayer autant que faire se peut d’élargir l’éventail de notre public de manière à ne pas avoir des salles monocolores. S’y ajoute notre refus de nous enfermer dans un style ou un genre et notre prédilection pour les formes pluridisciplinaires ou interdisciplinaires, les spectacles où se combinent théâtre, danse et art numérique , comme par exemple Chocolat blues , une petite forme que nous présenterons en février dans le cadre de notre prochaine exposition On l’appelait Chocolat qui rend hommage au premier artiste noir de la scène française et dont l’inauguration coïncidera avec la sortie du film qui lui est consacré avec Omar Sy dans le rôle de Chocolat.

Qui était Chocolat ?

Pour le dire vite, un inconnu qui fut célèbre et mourut dans l’oubli après avoir fait courir le tout Paris de la fin du XIXème siècle. Portraitisé par Toulouse Lautrec, filmé par les frères Lumière, clown, danseur, chanteur, vedette du Nouveau Cirque, celui que tout le monde appelait Chocolat, s’appelait en réalité Rafael Padilla et était un ancien esclave cubain arrivé en France à l’âge de dix ans dans les bagages d’un marchand espagnol. A travers notre exposition qui retrace son itinéraire, il s’agit de rappeler le rôle précoce qu’a joué la culture des esclaves afro-américains dans le spectacle vivant en France et de soulever en même temps la très actuelle question du regard que nous portons sur l’autre.

Du reste c’est aussi de cela, du regard sur l’autre, sur celui qui est différent dont il sera question avec Les Gens d’à côté un focus qui a pour centre Les Papotins ou la tâche de Mariotte , un spectacle réalisé par Éric Petitjean à partir du journal Papotin. Nous avons depuis trois ans une collaboration régulière avec ce journal destiné à tous les publics, conçu et rédigé par des autistes. C’est à partir des interviewes réalisées par ces journalistes particuliers qu’Éric Petitjean a mis en scène quatre reporters aux questions forcément atypiques. Leur parole extrêmement libre, tout à la fois grave et drôle, nous emmène sur leur territoire et remet en question nos codes. En même temps que le spectacle, nous accueillerons l’exposition d’une peintre autiste, Brigitte Nêmes dont l’œuvre relève de la quête intérieure.

Compte tenu de vos activités et de vos objectifs si vous deviez définir la Maison des Métallos que diriez-vous ?

Je retiendrais le mot de maison. Une maison au croisement de l’éducation populaire et de l’ambition artistique où il se passe toujours quelque chose, où des projets s’écrivent, se construisent au quotidien, où l’on accueille des artistes en résidence, -cet hiver la poète belge Laurence Vieille, car les poètes sont d’utilité publique - , une maison de pratiques artistiques par le biais d’ateliers, de stages organisés soit avec des professionnels soit en lien avec les associations de quartier, une maison conviviale de rencontres, de débats, de confrontation. Une maison où l’on peut réfléchir sur le monde et faire la fête. Bref, une maison tout à la fois fabrique et laboratoire qui revendique l’ouverture et le décloisonnement pour mieux mettre l’art et la culture à la portée de tous et de chacun.

Photo Pierre Grosbois

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