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L’intégrale des sonates pour piano de Mozart par Fazil Say

par Olivier Olgan

Le trublion turc joue Mozart comme on va au devant du bonheur. Avec une assurance rayonnante et un naturel aérien.

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Entre Mozart en général et les Sonates pour piano en particulier* et Fazil Say, l’histoire d’amour ne date pas d’hier. Pour preuve, la Sonate n° 16 K545 qu’il a rebaptisée ‘Sept’ en souvenir de son premier concert public où il l’a jouée à l’âge de sept ans. Le pianiste et compositeur turc le reconnait dans le passionnant commentaire à la fois intime et érudit qu’il livre dans le livret accompagnateur du coffret* de cette intégrale des Sonates qui sort ces jours-ci -même si elles ont été enregistrées au cours de l’été 2014 - constitue un défi suprême et une étape marquante de sa maturité.

«  Cet enregistrement représente pour moi le travail le plus complet et le plus important que j’ai entrepris dans ma carrière d’interprète. Les sentiments qui se sont fait jour durant les séances comptes parmi les plus forts que j’ai vécu. (…) On en peut jouer Mozart seulement par l’articulation. Sa musique nécessite d’être assimilée par notre corps, notre être. Il faut la vivre, la respirer. »

Dès le livret qui est aussi un journal de bord, avant même l’écoute, le mélomane peut constater combien le pianiste s’est investi corps et âme pour « être digne d’elles ». N’hésitant pas en toute humilité à se mettre en risque et à nu pour en extraire et restituer tout le suc d’émotions qui l’ont traversé pendant ce parcours. Pour mieux en respecter les climats, il a rassemblé les 18 sonates et la Fantaisie non pas chronologiquement mais par tonalité.

Sentiments, souvenirs, anecdotes

Pour chacune d’entre elles, Say a noté ses sentiments, ses souvenirs, des anecdotes intimes ou musicologiques et leur a donné un surnom. Ainsi, par leurs influences, la n°9 K310 devient ‘Schubert’ : «  il ne fait aucun doute que le finale qui nous ramène à la poésie du la mineur fut une source d’inspiration », la n°1 K279 ‘Scarlatti’ : « l’influence italienne est manifeste » ou encore le n°6 K284 ‘Beethoven »… Il n’oublie pas que « Mozart tout entier est chant » : le cantabile, cet art opératique si humain du dialogue et du rythme est partout : la n°10 K330 croque « Deux sœurs » qui badinent, la n°2 K280 est « Italienne » parce qu’elle « nous emmène dans une Venise de rêve », la n°13 « Flûte enchantée »… D’apparence facile d’accès, Say nourrit un jeu constant entre l’ordre et la liberté qui donnent à ses pages une ambigüité que seuls les grands maitres inspirés ont le courage d’affronter. C’est bien de la musique à fleur de peau et d’humeur changeante que déploie Say. On a trop parlé du ‘divin Mozart’, Say nous rappelle son humanité radicale, débordante.

Le naturel loin de toute esbroufe

Comment être original dans des pages si célèbres comme la sonate « Alla Turca » n°11 K331 ? En étant le naturel même. Loin de toute esbroufe, comme dégagée de toute contingence. Au passage, on constate combien Say s’est apaisée depuis sa version de 1997 au timing de 18’35’’ contre 23’54’’ aujourd’hui… Sans doute parce qu’il n’a plus rien à prouver, ni à bousculer. Mais à parler vrai et naturel.
En revanche, son talent reconnu d’improvisateur et de compositeur fait des merveilles. Bien sûr le texte est respecté à la lettre, mais l’esprit de liberté, d’espièglerie et de surprises nourrit les portées. Et le turc s’y connait ! Pour mieux nous surprendre et nous rendre heureux.

Sa rencontre avec Mozart déborde l’’esthétique ; elle humainement décisive, comme l’écrivait avec pertinence le philosophe André Comte-Sponville. Elle est humainement décisive. Mozart est une éthique. ‘Il faut que les notes s’aiment’ disait-il. Cela peut paraitre mièvre, mais cela nous rapproche pourtant du mystère. Que serait la beauté si nous ne l’aimions pas. »

La gravité n’est jamais loin de l’émerveillement. Say lance à sa manière un appel en rappelant l’indispensable travail de la Fondation Mozart : « Comme tout dans ce monde, Mozart court le danger d’être transformé en un simple produit commercial une simple marque. (…) La musique de Mozart ne saurait rester enfermé dans es confins de l’intellectualisme et de la science académique ; au contraire, il faut qu’elle devienne de plein droit la musique de tout le monde et à jamais, avec ses chants, ses danses, son ardeur et sa beauté. »

C’est cette ferveur communicative que Say insuffle dans cette intégrale qui fera date, malgré les controverses que son engagement esthétique lui qui cherche à nous « prendre par une musique comme on l’est par un film » ne manquera pas de susciter.

*Mozart. Complete Sonatas. Fazil Say, Warner. 6 cd

Prochains concerts :
• 20 janvier 2017, Mozart Debussy Grand Théâtre de Provence, Aix en Provence http://www.lestheatres.net/fr/activity/134-fazil-say
• 21 janvier, Mozart, Say, Chopin, Théâtre des Champs Elysées http://www.theatrechampselysees.fr/saison/recital-instruments-musique-de-chambre/fazil-say
• 22 janvier 2017, Say, Théâtre des Champs Elysées. http://www.theatrechampselysees.fr/en/the-season/concerts-dimanche-matin/fazil-say-mathieu-amalric-selda-bagcan-1
• 20 mai 2017, Concerto pour violon "Mille et une nuits au harem", Philharmonie de Paris, http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/16790-chatoiement-oriental

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