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Jean-Louis Martinelli met en scène "Nénesse" d’Aziz Chouaki

par Dominique Darzacq

Entretien

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Du théâtre du Point du jour à Lyon (1987) au théâtre Nanterre-Amandiers (2002-2013) en passant par le théâtre national de Strasbourg (1993-2000), Jean-Louis Martinelli compte parmi les metteurs en scène attentifs au vif d’une dramaturgie qui nous parle au présent. Un présent qu’il s’est plu à faire résonner à travers un Avare de Molière auquel Jacques Weber donnait tout son poids d’extravagance avaricieuse. Présenté au théâtre Déjazet, après une longue tournée, le spectacle fit nos belles soirées parisiennes de l’automne 2015. C’est avec un autre extravagant, mais d’un tout autre genre, Nénesse d’Aziz Chouaki, que Jean-Louis Martinelli retrouve le théâtre Déjazet du 9 janvier au 3 mars.

Qui est Nénesse ?
Nénesse est le personnage central d’une farce politique. Ancien rocker de campagne, ancien légionnaire aujourd’hui au chômage, Nénesse, qui se définit lui-même comme un « réactionnaire radical », n’en finit pas d’amalgamer, stigmatiser, radicaliser. Sorte de Falstaff des temps modernes par sa truculence, il prend un malin plaisir à raconter des histoires en proférant des horreurs. Il vit avec Gina sa femme qui vaille que vaille tente de faire marcher la maison au quotidien. Pour survivre et assurer leurs fins de mois, ils ont installé dans leur appartement un container qu’ils louent à deux sans-papiers. L’un, Aurélien, est un intello d’origine slave qui porte en lui toute la culture de la vieille Europe et une nostalgie toute tchékhovienne. L’autre, Goran, est un bouffon mythomane qui prétend avoir entraîné des partisans de Daesh en Syrie. Entre eux et Nénesse l’histoire tourne à l’aigre. Il va sans dire qu’au-delà de la fable les personnages d’Aziz Chouaki sont des êtres fracassés par la mondialisation. Leur logorrhée, leur outrance de langage, est le symptôme de leur frustration.

« Nénesse » est la troisième pièce d’Aziz Chouaki que vous mettez en scène. Qu’est-ce qui vous attache à cet auteur ?
Ma première rencontre avec l’écriture d’Aziz Chouaki s’est faite à travers son roman L’Etoile d’Alger . Lorsque je suis arrivé au théâtre Nanterre-Amandiers j’ai voulu croiser deux regards sur l’Algérie. Dans cette perspective, j’ai commandé un texte à Laurent Gaudé, Sacrifiées , l’autre fut Une Virée commandé à Aziz Chouaki. Avant même le sujet abordé, ce qui m’impressionne chez lui c’est son style, son écriture. Par sa manière si singulière de faire danser les mots, chavirer la syntaxe, il y a chez lui quelque chose de Céline et de Rabelais. J’aime sa façon de s’imprégner de la violence du monde et de la traduire en nous secouant de rire, de procéder ainsi à la purgation des passions.

Pourquoi « Nénesse » ?
Aziz Chouaki est avant tout un écrivain qui n’a pas à être assigné à son origine. Après Une Virée et Les Coloniaux , nous souhaitions nous retrouver et lui désirait parler de l’Europe. C’est sur la volonté commune de créer une farce qui mette au jour les maux de notre époque, notamment le discours de la réaction, qu’est né Nénesse .
J’ajouterais que les textes d’Aziz Chouaki sont pour les acteurs de formidables et savoureuses partitions et il me semble que ceux que j’ai réunis forment un détonant quatuor. Ce sont pour Nénesse, Olivier Marchal, Gina sa femme à l’amour indéfectible, Christine Citti. Face à eux, Hammou Graïa et Geoffroy Thiébaut forment le duo des « sans-papiers ».

C’est vous qui avez programmé cette saison du théâtre Déjazet. Pourquoi ? Votre démarche est-elle la preuve d’une alliance possible entre théâtre privé et théâtre public ?
Il faut préciser que je ne suis pas le directeur artistique du théâtre Déjazet. J’ai simplement répondu à la sollicitation de Jean Bouquin, son directeur, de lui proposer une programmation sous la forme d’une carte blanche. Proposition que j’ai hésité à accepter. Après plusieurs années passées à la tête d’institutions, j’ai plus envie de nouvelles expériences que de faire des choses que j’ai déjà faites. Mais à la réflexion, j’ai pensé que la proposition de Jean Bouquin qui désirait, disait-il, « retrouver le vrai théâtre », ouvrait un espace de liberté pour la création et une opportunité de prolonger la vie des spectacles. C’est pourquoi la saison s’est organisée selon deux pistes, l’une autour de la reprise de succès de compagnies de théâtre public qui à mon sens pouvaient toucher un public plus large, et des créations telles que Nénesse que je mets en scène et Un Mois à la campagne qu’Alain Françon présentera au printemps. Cette expérience ne vise rien d’autre que de permettre à des artistes amis ou à de jeunes acteurs issus du Conservatoire, de pouvoir montrer leur travail dans la durée. J’ignore si elle peut être le signe d’une réconciliation privé-public mais elle démontre surtout le réel manque de lieux dans Paris intramuros pour le travail des compagnies. L’Etat ne pourrait-il pas se porter acquéreur d’un des théâtres que rachètent des groupes financiers et retrouver l’esprit de ce que Jack Lang, Pierre Bergé et Josyane Horville avait initié à l’Athénée dans les années 80 ?

Photo ©Pascal Victor

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