Accueil > Je ne suis pas Michel Bouquet d’après Les Joueurs, entretiens avec Charles (...)

Critiques / Théâtre

Je ne suis pas Michel Bouquet d’après Les Joueurs, entretiens avec Charles Berling

par Corinne Denailles

J’ai fait ce que j’ai pu

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Reprise du spectacle créé au théâtre Hébertot en février 2019 par Maxime d’Aboville qui restitue la parole du grand acteur Michel Bouquet à travers un montage intelligent des entretiens accordés à Charles Berling et publiés sous le joli titre Les joueurs (2001). Un spectacle d’autant plus émouvant que Bouquet, 94 ans, a annoncé qu’il ne remonterait plus sur les planches. « J’ai fait ce que j’ai pu », voilà qui donne une image fidèle de celui qui a consacré sa vie d’artiste au service des textes avec une grande humilité, à la recherche de ce que l’auteur attend de son interprète, convaincu que, selon la formule de Rimbaud, « Je est un autre », sur scène « je ne suis pas Michel Bouquet » dit-il.
Les extraits choisis dressent un beau portrait de l’artiste, raconte avec pudeur le père brisé par la guerre, les années d’enfance, la rencontre décisive avec Maurice Escande, comédien, administrateur de la Comédie-Française et professeur, dont il dit qu’il l’a fait naître une seconde fois ; puis avec Albert Camus qui l’avait vu joué dans une pièce où il avait une seule réplique et lui proposa le rôle de Scipion dans Caligula et dont il garde un souvenir ému de grande et sincère fraternité. Il dit aussi ses méthodes de travail d’acteur, son exigence, ses relations intimes avec ses personnages qui peuvent s’en aller brusquement à jamais.
Avec pour tout décor une chaise rouge à jardin sur un plateau vide, de belles lumières de François Loiseau, un court extrait sonore du Malade imaginaire (mise en scène Georges Werler) qui donne à entendre la voix entre mille reconnaissable de cet immense comédien, Maxime d’Aboville rend un hommage pudique et enjoué à Michel Bouquet. À de rares moments, curieusement il effleure le registre de Luchini comme par inadvertance, la voix qui décroche à peine dans les aigus, un brusque mouvement de colère d’une intensité incongrue, mais excepté ces quelques pointes, le ton est sobre, discrètement affectueux et admiratif.

Je ne suis pas Michel Bouquet de Michel Bouquet, d’après Les Joueurs, entretiens avec Charles Berling (Grasset, 2001) ; mise en scène Damien Bricoteaux, avec Maxime d’Aboville. Décor, Marguerite Danguy des Déserts ; lumières, François Loiseau. Au Poche-Montparnasse du mardi au samedi à 19h. Durée : 1h05. Résa : 01 45 44 50 21.

© Victor Tonelli

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.