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Critiques / Théâtre

Hearing de Amir Reza Koohestani

par Jean Chollet

Entendre des voix de femmes sous le voile

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Un soir de Nouvel An à Téhéran dans un internat universitaire de jeunes filles très surveillé, Samaneh a entendu ou cru entendre des chuchotements et des rires provenant de la chambre de son amie Neda en compagnie d’un garçon, dont la présence est naturellement totalement interdite dans ce lieu. Bien qu’elle se défende d’être à la source, ses confidences ont nourrit une rumeur qui a couru dans l’établissement et un rapport anonyme a été établi, engageant des interrogatoires et la mise en cause des intéressées, par une surveillante, ancienne élève, surtout préoccupée par la menace de perte son statut et peut être sa vie. Cette énigme, aux résonances kafkaïennes, entraîne les trois femmes dans une spirale implacable, dont les blessures et remords obsessionnels de culpabilité, conduiront douze ans plus tard à une ultime rencontre de l’inquisitrice avec les fantômes de Neda exilée en Suède pour trouver la liberté et Samaneh devenue mère de famille restée à Téhéran, qui plonge dans les mouvances de sa mémoire sans arriver à dénouer les fils de son histoire de jeunesse qui a marquée sa vie.

A travers ces situations, le dramaturge et metteur en scène iranien Amir Reza Koohestani, déjà bien connu du public français et européen, nourrit l’évocation de la situation sociale et politique de son pays, dans lequel il fut parfois soumis à la censure par la commission du “Conseil de Surveillance et d’Evaluation ” mise en place par le gouvernement. Pour cette création réalisée en 2015 au Théâtre de la Ville de Téhéran, il s’est inspiré du film documentaire de son talentueux compatriote réalisateur Abbas Kiarostami (Palme d’or au Festival de Cannes en 1997 pour Le Gout de la cerise ), Devoir du soir (1989), consacré à l’évocation du mode éducatif iranien et aux désordres qu’il engendre. Mais Koohestani, évite avec beaucoup d’intelligence tout manichéisme et caricatures de la société iranienne, pour interroger dans une dimension plus universelle la responsabilité individuelle et collective, comme en illustre notamment le positionnement de l’inquisitrice placée en permanence dans le public. Sur un plateau nu, cadrées seulement par les lumières, les quatre comédiennes sans effets superflus, sinon le réajustement signifiant de leur voile identitaire, sont criantes de vérité, sans excès de réalisme. Elles utilisent alternativement une caméra webcam dont les projections sur grand écran accompagnent leurs rencontres et leur univers en offrant des images révélatrices. Entre le réel et l’imaginaire, un spectacle dense et concis d’une grande profondeur humaine.

Photo © Amir Hossein Shojaei

Hearing, texte, mise en scène et scénographie, Amir Reza Koohestani, avec Mona Ahmadi, Ainaz Azarhoush, Elham Korda, Mahin Sadri. Vidéo Ali Shirkhodaci, musique Ankido Darash, costumes et accessoires Negar Nemati. Spectacle en persan (Farsi) surtitré en français.

Théâtre de la Bastille jusqu’au 19 octobre 2016.

En tournée d’octobre 2016 à avril 2017 à La Chaux- de- Fond, Montpellier, Pau, Annecy, Cherbourg, Rouen, Caen, Arras, Arles, Besançon, Poitiers et Athènes.

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