Accueil > Fêtes et divertissements à la cour de Versailles

Actualités / Opéra & Classique

Fêtes et divertissements à la cour de Versailles

par Olivier Olgan

Une exposition rappelle que le divertissement peut aussi devenir enjeu de pouvoir

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Des ‘Plaisirs de l’Ile enchantée’ aux ‘effets du merveilleux’. L’histoire de Versailles, ancien pavillon de chasse transformé en théâtre du paraitre, se confond avec celle de ses fêtes et divertissements. La magnifique exposition qui s’est ouverte ce week-end à Versailles montre comment elles furent -au-delà du faste et d’une créativité débridée - un véritable enjeu ‘du’ et ‘de’ pouvoir.

« À l’instar de son prédécesseur, attentif à voir ses sujets apprécier ses divertissements afin de tenir « leur esprit et leur cœur, quelquefois plus fortement que par les récompenses et les bienfaits », Louis XV poursuivait la même politique, insufflée dès l’époque de Mazarin. » rappelle Jérome de la Gorce dans son essai ‘Les Menus-Plaisirs du roi et leur rôle à Versailles sous l’Ancien Régime’ dans le très érudit catalogue de l’exposition.

Ici, politique et fête se confondent dans la construction d’un imaginaire individuel et collectif, bien au-delà de l’impact culturel de Versailles. « La fête est l’un des moments où le baroque se manifeste de façon la plus pure. écrivait le regretté Philippe Beaussant, dans son ‘Louis XIV, artiste’ (Payot, 199). La fête est un rêve dans le roman baroque et précieux, mais elle peut être aussi le moment où elle se met à ressembler à un roman. »

Le génie des ‘Bons plaisirs’ des monarques est de nourrir le quotidien festif et le merveilleux des lieux. « On assiste à un phénomène nouveau, insiste Béatrix Saule, Commissaire général de l’exposition, une institutionnalisation du divertissement qui, par son caractère systématique, par son organisation et par son calendrier régulier d’activités est propre à la cour de Versailles. »

L’originalité de l’exposition mise en scène par Patrick Hourcade, son directeur artistique est de combiner richesses iconographiques et reconstitutions numériques 3D pour faire revivre les multiples lieux et instants éphémères. Elle en démonte les rouages au sens propre (avec l’envers des décors de théâtre mettant à nu l’ingéniosité des mécanismes des machineries) et figuré avec la nécessité permanente de capter ou d’occuper l’attention de la cour. « Pour le courtisan, poursuit Béatrix Saule, et surtout pour celui sans charge que guette l’ennui – pensons au duc de Croÿ, toujours un livre en poche –, bien davantage que la fête, le divertissement sous ses multiples formes est à la fois objet de désir et temps de vie. »

L’imagination et la multiplicité des plaisirs
ne connaissent pas de limite : de la chasse aux feux d’artifices, en passant par la comédie, le bal et le concert, la promenade et le jeu en extérieur ou intérieur, chaque heure, chaque occasion, chaque événement sont prétextes à fêtes. La mise en scène et la richesse des documents assemblés confirment que leur nature – quotidienne, militaire ou dynastique - n’entraine pas un changement de nature, mais seulement d’échelle. Le point de vue adopté est d’abord celui du courtisan, auquel peut aisément s’identifier le visiteur.

Si le parcours proposé au cœur du Château réussit à restituer l’extravagance (la collection de traineaux à neige par exemple) et le merveilleux (la magnificence des décors de théâtres reconstitués), il distille aussi la tenace ambigüité de cette course au paraître (condensé entre autre dans l’exigence de maitriser la chasse, les jeux de cartes ou les pas de danses très sophistiqués) à laquelle le courtisan devait se soumettre sans faux pas ni faute de goûts avec une constante adaptation aux lieux, aux dispositifs, aux séquences, à l’étiquette, à la fréquence, aux horaires, … d’un théâtre en permanente représentation où il est acteur et public. Loin des stéréotypes d’une cour oisive, l’exposition brosse en creux la vie professionnelle épuisante du courtisan pour suivre et (sur)vivre à cette fête permanente.

Château de Versailles. jusqu’au 26 mars 2017

http://www.chateauversailles.fr/les-actualites-du-domaine/evenements/evenements/expositions/fetes-et-divertissements-a-la-cour/fd/visiter-lexposition-1

Catalogue, sous la direction d’Élisabeth Caude, Jérôme de La Gorce et Béatrix Saule. Coédition château de Versailles / Gallimard 392 pages

Deux coffrets très complémentaires pour revivre la cour de Versailles en musique
-  Les menus plaisirs de Louis XIV, de Paris à Versailles (10 cd - Harmonia Mundi)
-  Splendeurs de Versailles (10 cd - Alpha)

Une programmation de concerts très dense et variée rappelle que la musique était omniprésente dans la vie du courtisan comme celle du Château.
Citons entre autres :
Charpentier, Histoires sacrées, Ensemble Correspondances, Sébastien Daucé Mise en espace : Vincent Huguet, le 14 décembre
Couperin, Leçons de ténèbres, Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre, le 17 décembre
Lully/Molière Le Bourgeois gentilhomme, Metteur en scène : Denis Podalydès La Révérence, Christophe Coin, les 12, 13, 14, 15 janvier 2017
Rossi, Orfeo, Metteur en scène : Jetske Mijnssen, Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon, les 3, 4 mars 2017

Au printemps et à l’été 2017, le château de Versailles continue de faire vivre ses espaces avec les Grandes Eaux (Les Grandes Eaux Musicales, les Jardins Musicaux, les Grandes Eaux Nocturnes, La Sérénade Royale de la Galerie des Glaces), et Versailles Festival (Les Fêtes Galantes : soirée costumée à la Galerie des Glaces et de grands spectacles en plein air).

01 30 83 78 89 - www.chateauversailles-spectacles.fr

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.