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Séverine Chavrier nommée à la tête du CDN d’Orléans

par Michel Strulovici

Incendier le plateau

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" Tout commence par le plateau, le théâtre invente ses formes d’expression en permanence et le plateau est l’espace de liberté par excellence " revendique Séverine Chavrier, la nouvelle directrice du CDN d’Orléans, nommée en janvier 2017 en remplacement d’Arthur Nauzyciel. D’une voix posée, elle exprime ses choix pour le moins affirmés de femme qui sait où elle veut aller.
Le parcours de cette jeune femme au talent reconnu, est original et multiple. Elle a vagabondé d’une licence de philosophie à la mise en scène en passant par une médaille d’or de piano à Genève et un premier prix d’analyse musicale récompensée par la SACEM, puis des stages à la Comédie de Reims, au nouveau Théâtre d’Angers, à la Comédie de Caen, au cours Florent. Ses professeurs Josef Nadj, Rodrigo Garcia, Jean-Michel Rabeux, Robert Cantarella, Christophe Rauck, Michel Fau. La voici, notamment, actrice dans ce violent et mémorable coup de poing : Kliniken de Lars Noren, mise en scène par Jean-Louis Martinelli en 2007 aux Théâtre des amandiers à Nanterre. Dans le même temps, elle crée sa compagnie La Sérénade interrompue, un nom en référence à Claude Debussy. Elle est l’exemple de cette nouvelle génération de créateurs qui accèdent aujourd’hui à la direction de grandes institutions culturelles et qui veulent en découdre avec la tradition. Fut-elle millénaire.

LA DRAMATURGIE AU CENTRE

Pour Séverine Chavrier, création ne rime pas avec la seule narration. " Ce qui nous tient dans une salle, c’est l’expérience sensible. Un spectacle tient par son rythme, sa construction, et non pas forcément par sa narration. C’est la dramaturgie qui nous accroche. C’est elle qui règle tout : le jeu de l’acteur, la scénographie, les lumières, le son, etc."
Tout au long de sa jeune et déjà riche "carrière", Séverine Chavrier a créé des moments théâtraux qui allient et mixent tous les arts du plateau. Parmi ses créations on se souvient, entre autres, de Nous sommes repus mais pas repentis (autre intitulé du Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard) créé au Théâtre Vidy à Lausanne puis à l’Odéon à Paris l’année dernière. Elle a à son actif des compagnonnages comme metteur en scène avec le Centquatre, le Festival d’Avignon, et elle revendique des liens forts avec le Vidy-Lausanne, le Théâtre de la Bastille, L’Odéon, le Nouveau Théâtre de Montreuil, La commune à Aubervillers, une sorte de réseau de centres de création aux choix proches.

COMBATTRE L’INTIMIDATION

Séverine Chavrier s’interroge sur la fréquentation et le renouvellement des publics, à Orléans comme ailleurs. Elle souhaite " offrir un théâtre joyeux, critique. Il faut que le plateau incendie. Amener des classes de collège à venir voir des spectacles innovants. Il faut les faire participer à des événements plus jouissifs que leur utilisation des écrans. Et que cette découverte combatte l’intimidation vécue par nombre d’entre eux. Et puis, il nous faut instaurer une vraie convivialité du lieu. Je souhaite qu’il devienne un espace traversé d’échanges, de désirs, d’inédit.
Elle tient beaucoup à la rencontre avec les enfants : " Le temps d’un week-end, nous allons, d’ici juin, leur ouvrir le théâtre, toutes les facettes de notre activité. Nous animerons des ateliers avec tous nos corps de métier. Le théâtre se transformera en un terrain de jeux. Le théâtre c’est aussi des artisanats, des métiers permanents. Je veux leur faire voir les cintres, éclairer la scène, monter et démonter les décors, leur faire comprendre le rôle et la nature de l’image, etc."
Elle a aussi des projets en direction de l’université (une enclave de 18.000 étudiants située à 15 kms du centre ville et du CDN) dans la même démarche de désenclavement géographique et social qu’installe Olivier Py à Avignon avec La Fabrica.

Les projets de Séverine Chavrier vont du plus proche au plus lointain : " Nous allons travailler pour les gens d’ici, aller sur les routes de notre territoire et accueillir nos amis de l’étranger. Que ces théâtres qui ont formé ma génération, en Pologne, en Argentine, en Belgique, etc. viennent présenter leurs spectacles. Je souhaite que l’Europe artistique moderne soit présente. J’aime l’idée que le théâtre soit une tour de Babel. "
Et comme horizon possible, Séverine Chavrier rêve d’un festival à l’été indien orléanais.

photo 1 Séverine Chavrier, crédit : Mathias Steffen

Photo 2, Nous sommes repus mais pas repentis, crédit : Samuel Rubio

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