Du 14 au 17 avril 2026 au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines - CDN. Et du 4 au 23 juillet 2026, Festival d’Avignon, Théâtre 11 •
Alif, texte et mise en scène d’Abdelwaheb Sefsaf, composition musicale Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf.
L’appropriation de la langue arabe et de ses poètes comme émancipation des générations issues de l’immigration.

Les enfants de l’immigration maghrébine grandissent entre plusieurs héritages, la culture familiale et la mémoire du pays d’origine, la langue et l’école française, accompagnés d’une expérience quotidienne du racisme et de l’invisibilisation. Ils ne sont ni tout à fait d’ici, ni tout à fait d’ailleurs, inventant une identité nouvelle, fragile, hybride, souvent conflictuelle.
Le jeune se situe à la croisée de ces chemins : l’histoire politique de la France, migratoire et post-coloniale, celle du monde arabe, celle intime d’une génération grandissant entre plusieurs langues, mémoires et appartenances. Pas facile d’être jeune issu de l’immigration, plus ou moins récente, quand on est entravé par le mutisme de l’histoire coloniale, les humiliations ordinaires.
Abdelwaheb Sefsaf, directeur actif du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines - Centre dramatique national-, prend le taureau par les cornes, ouvert à l’émancipation de ces jeunes gens prometteurs si on leur en donne les moyens, partagés symboliquement en leur for intérieur, mais qui peuvent surmonter le défi en s’appropriant les deux langues, et le projet de conviction fraie sur une ligne de crête où il est facile de glisser d’un côté ou de l’autre…
Succédant à Si loin si proche et à Ulysse de Taourirt, Alif est le troisième volet du triptyque « Hexagone, une petite histoire de France », écrit et mis en scène par Abdelwaheb Sefsaf. Se poursuit l’histoire d’Abdel, enfant de l’immigration maghrébine pris, telle une araignée dans sa toile, entre des langues, des appartenances, des récits divers. A présent, Abdel, hors du cercle familial, travaille à la construction de son personnage social libre.
La langue est lieu de pouvoir, de domination, de désir et de résistance. Chez l’enfant, s’est installée une lutte, entre le français, donnant le droit d’exister et l’arabe, rappelant d’où l’on vient ; il est tiraillé entre le risque de se perdre en parlant ou de disparaître en se taisant. Entre les deux, existe une parole libre dont la poésie arabe est significative, traversant les siècles, du poète pré-islamique Imrou’l Qays à Mahmoud Darwich, poète palestinien contemporain.
De l’école républicaine aux guerres contemporaines, la poésie est un contre-récit - une force esthétique et éthique fissurant l’ordre, apaisant les fractures sociales, les crispations religieuses ou identitaires, la crise de la transmission.
Le dispositif scénique est bi-frontal, contenant un cercle de gradins de bois, « amphithéâtre civique », classe expérimentale, qui fait face au public et à la scène, composé d’un choeur de jeunes gens venus du public et attentifs aux débats constructifs et aux échanges collectifs, par-delà les fractures.
La poésie est incarnée sur scène par Adila Bendimerad, actrice de cinéma et de théâtre, metteuse en scène, scénariste, réalisatrice et productrice algérienne, une comédienne solaire qui danse et chante la poésie arabe à merveille. Elle joue aussi l’institutrice d’origine libanaise qui a éveillé le personnage d’Abdelwahed Sefsaf (Abdel) à la conscience existentielle - intime et politique, individuelle et collective, sociale, historique et mémorielle.
Une figure élégante et gracieuse qui impose le respect par sa sagesse et sa patience, tendue vers la mission d’instruire et de cultiver les jeunes têtes, parlant vrai avec naturel sans la moindre démagogie ni complaisance. Abdel, jeune ou adulte sur le plateau, donne à l’enseignante un prestige mérité, tandis que les autres élèves interviennent à propos pour tel éclaircissement. Abdelwahed Sefsaf chante et joue de son côté de ses instruments préférés pour une musique et des rythmes traditionnels qui subjuguent d’aise la salle.
Un spectacle emblématique - allégresse et réflexion, joie, musique et littérature - qui porte haut les ressources de la diversité, à travers la poésie universelle qui traverse les barrières prétendument dites infranchissables.
Alif, texte et mise en scène d’Abdelwaheb Sefsaf, composition musicale Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf, musique additionnelle enregistrée Georges Baux, Antony Gatta, Léa Maquart et Artyom Minasyan. Avec Adila Bendimerad, Abdelwaheb Sefsaf, Souad Sefsaf, Aliocha Regnard et Natalie Royer, dramaturgie Natalie Royer, scénographie Souad Sefsaf, assistée de Lola Pacciani, construction du décor Alain Deroo, Ivan Issael et Henri Meiffren, création vidéo Raphaëlle Bruyas, création lumière et régie vidéo Nino Valette, création costumes Emmanuelle Thomas,
ingénieur du son Jérôme Rio, stagiaire à la mise en scène Louna Philip,
regard chorégraphique Christelle François. Du 14 au 17 avril 2026, au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines - CDN. Du 4 au 23 juillet 2026, Festival d’Avignon, Théâtre 11 (84) • à 14h à 14h, relâche les vendredis 10 et 17 juillet 2026. Du 3 au 7 mars 2027, Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN (94).
Crédit photo : ChrIstophe Raynaud de Lage.



