Rachmaninov et Tchaïkovski à la Maison de la radio et de la musique le 16 avril

Sergueï et Piotr sont dans un bateau

Daniele Rustoni aborde avec feu le (presque) Cinquième Concerto de Rachmaninov et la (fausse) Septième Symphonie de Tchaïkovski.

Sergueï et Piotr sont dans un bateau

ON POUVAIT LIRE, à l’entrée « Rachmaninov » d’une encyclopédie bien informée, publiée en 1971 : « Son œuvre, abondante, révélant son admiration pour Tchaïkovski et très appréciée du grand public, se réfère à un romantisme généreux mais dépassé (Debussy est son aîné de onze ans). » Le temps a passé : Rachmaninov connaît aujourd’hui un regain de notoriété – à l’image également d’un Puccini. C’est pourquoi l’idée de lui consacrer un cycle assuré par l’Orchestre national de France, permettant en particulier d’écouter ses trois symphonies, était fort bien venue.

L’Orchestre national a toutefois ajouté un épilogue à ces trois concerts en imaginant un programme réunissant la vertigineuse Rhapsodie sur un thème de Paganini du même Rachmaninov, et la rare symphonie Manfred de Tchaïkovski. On connaît bien la Rhapsodie de Rachmaninov, datée de 1934, qu’on peut comparer d’une certaine manière à un cinquième concerto pour piano, le Quatrième ayant été créé en 1927 mais retravaillé par le compositeur en 1941. Aux côtés d’un Orchestre national enthousiaste, la jeune Alexandra Dovgan aborde cette musique de manière souveraine, avec un brio et une sensibilité sans faille. Ce qui laisse un peu songeur sur le degré d’excellence atteint par bon nombre de pianistes, de plus en plus jeunes. Sur France Musique, très récemment, Víkingur Ólafsson affirmait tranquillement que des pianistes de sept ans pouvaient aujourd’hui « exécuter des Études de Chopin parfaitement à l’âge de sept ans »…

Où est la fée ?

La curiosité de la soirée, toutefois, était ce fameux Manfred de Tchaïkovski, créé en 1886. Schumann s’était inspiré dès 1848 du poème de Byron dans une œuvre dramatique inclassable, pour voix et orchestre, dont on ne joue souvent que la sombre et magnifique ouverture. Balakirev, qui se sentait peut-être trop timide pour aborder lui-même le sujet, avait proposé à Berlioz (déjà l’auteur d’Harold en Italie, symphonie reprenant l’idée d’un Childe Harold byronien traînant son spleen à travers les paysages) le canevas d’une symphonie à programme, que le compositeur français avait décliné. C’est Tchaïkovski, bien plus tard, qui reprit le projet.

S’est-il laissé forcer la main ?

Sa partition, en tout cas, est déconcertante. Située chronologiquement entre la Quatrième et la Cinquième Symphonie, elle en reprend la découpe en quatre mouvements, mais la verve mélodique y fait cruellement défaut. Le premier mouvement ressemble à un poème symphonique à la manière de Liszt, avec ses sonorités lugubres attendues (clarinette basse et bassons), le deuxième (« La Fée des Alpes ») commence à la manière d’un scherzo mendelssohnien mais sans la magie, le troisième est vaguement pastoral, le dernier se déchaîne mais paraît forcé, avec sa fugue qui brise l’élan et l’orgue, à la fin, qui se veut rédempteur mais ne fait qu’ajouter à la grandiloquence. Tchaïkovski se cherche sans se trouver, et il y a bien plus de noirceur dans le premier mouvement de la Quatrième Symphonie ou dans les mouvements extrêmes de la Pathétique.

On ne jettera pas la pierre à l’Orchestre national, qui met toute sa puissance, toute son énergie, toute la virtuosité de ses pupitres au service de la musique, ni à Daniele Rustioni, plus concentré que jamais. Tchaïkovski est un grand symphoniste, il a également laissé des poèmes symphoniques d’une belle inspiration (connaissez-vous La Tempête, Hamlet, Francesca da Rimini ?). Mais il ne semble pas que la fée des Alpes se soit penchée avec bonheur sur le berceau de Manfred.

Illustration : Daniele Rustioni (photo dr)

Rachmaninov : Rhapsodie sur un thème de Paganini - Tchaïkovski : Manfred. Alexandra Dovgan, piano ; Orchestre national de France, dir. Daniele Rustioni. Maison de la radio et de la musique, 16 avril 2026.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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