L’Ensemble Aedes à la Fondation Royaumont le 12 avril
Vingt ans, le bel âge
Sous le titre « Résonances », Mathieu Romano et l’Ensemble Aedes donnent un concert anthologique divers et subtil.
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- 13 avril
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L’ENSEMBLE AEDES FÊTE SES VINGT ANS (il est né en réalité en 2005), et contrairement à ce qu’affirme Jean Cocteau, il semblerait que ce soit pour lui le bel âge, celui d’un premier épanouissement, comme nous avons pu l’observer à la faveur d’un concert donné dans le réfectoire des moines de l’abbaye de Royaumont, lieu très bien choisi pour le répertoire a capella. Un concert conçu à la manière d’une anthologie, qui s’ouvrait par les deux premiers mouvements de la Messe en sol majeur (1937) de Francis Poulenc* et s’achevait par les trois derniers mouvements de la même messe, avec au milieu des pages de compositeurs fort divers.
Il est possible, ainsi, de préférer à la messe de Poulenc la Messe pour double chœur a capella (1922) de Frank Martin, plus véhémente, plus développée, même si l’on n’en entend ici que trois mouvements. Et l’on est ravi de voir (et d’entendre !) comment l’Ensemble Aedes fait sien l’Agnus Dei (1967) de Barber, qui n’est autre que la version vocale de son trop célèbre Adagio, et le motet Warum ist das Licht gegeben dem Mühseligen ? de Brahms.
Variété des répertoires, variété aussi des configurations. Les vingt-huit voix réunies ici (sept sopranos, sept altos, sept ténors, sept basses) se déplacent ou se fragmentent au gré des différentes œuvres abordées. Pour chanter A.M.D.G. (« Ad majorem dei gloriam », 1939) de Britten, quatre membres de l’ensemble quittent la scène et vont chanter dans les hauteurs. Rachmaninov, lui, exige que son « Bogoroditse devo » (extrait des Vêpres op. 35, 1915) soit chanté au pied de l’orgue ; mais quelques voix de basse très profondes ne seraient-elles pas ici bienvenues ?
Le réveil des oiseaux
Les quatre voix solistes de tout à l’heure se retrouvent dans une espèce de chaire située au-dessus de la scène, sans doute l’endroit où l’un des moines lisait des textes sacrés pendant les repas de ses frères ; elles nous offrent, en dialogue avec le reste de l’ensemble, les Trois poèmes d’Eichendorff, pages pleines de noblesse commandées à Philippe Hersant alors qu’Aedes en était encore à ses tout débuts. Mais l’on goûte aussi la très belle voix de soprano qui entonne le vertigineux Agnus dei de la Messe de Poulenc.
Vingt ans après Philippe Hersant, c’est à Sarah Grace Graves (née en 1995) que s’est adressé Mathieu Romano afin de fêter avec une œuvre nouvelle les vingt ans d’Aedes. Le résultat est I will wake the dawn (« Je réveillerai l’aurore »). Il s’agit, dit Mathieu Romano, d’« une pièce très raffinée, très délicate, très subtile, en deux parties. La première partie se concentre sur le souffle, sur les petits scintillements de la voix parlée ou chuchotée ; la seconde est plus libre. » Sarah Grace Graves décrit cette pièce comme « un paysage d’instruments », ou plutôt de voix devenues instruments. Après les souffles ténus du tout début en effet, on croit entendre des gazouillis avant que surgissent ici et là des voix éparses qui finissent par s’unir dans une montée solaire. Comment les oiseaux réagiraient-ils si pareille musique fraternelle était jouée à l’aube, dans le creux d’une vallée ou au sommet d’une colline ?
* À écouter : l’intégrale de la musique a capella de Poulenc par l’Ensemble Aedes, dir. Mathieu Romano (2 CD Aparte).
Illustration : Fondation Royaumont/François Mauger
Œuvres de Poulenc, Britten, Frank Martin, Philippe Hersant, Rachmaninov, Barber, Brahms, Sarah Grace Graves. Ensemble Aedes, dir. Mathieu Romano. Fondation Royaumont, 12 avril 2026.



