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41 ans au Théâtre de la Ville de Serge Peyrat

par Dominique Darzacq

Le temps de la mémoire 1967-2008

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Si vous vous étonnez qu’il ait pu rester quarante et un ans dans le même théâtre, Serge Peyrat vous répondra que c’est sans doute parce qu’il y exerça plusieurs métiers. Mais c’est surtout qu’il les pratiqua tous avec la conviction de participer à une aventure d’autant plus passionnante qu’elle était collective, et à laquelle était loin de penser le jeune troufion qui, en 1957, entrait dans la carrière en faisant le mur de la caserne et en aidant un copain à passer une audition au Centre dramatique d’Aix-en-Provence qui venait juste d’être créé. C’est là, à l’orée d’une décentralisation balbutiante mais ardente, qu’il fit sur le tas, ses apprentissages de comédien touche- à-tout, vite intéressé par les divers métiers de la scène et qu’il exercera, avec le même enthousiasme, séparément ou à la fois au Théâtre de la Ville : comédien, assistant, metteur en scène, éclairagiste , pour devenir sous la direction de Gérard Violette, adjoint à la programmation qui fit de lui « un voyageur professionnel » .

Retraçant son itinéraire au fil de la mémoire, c’est un peu la nôtre qu’il ravive du même coup. Celle de spectacles mémorables comme par exemple La Guerre de Troie n’aura pas lieu avec Annie Duperey dans la mise en scène de Jean Mercure ou La Mouette mise en scène par Lucian Pitillé et bien d’autres, qu’il nous invite à regarder côté cuisine.

En chemin, il trace le portrait de créateurs qui l’ont marqué. Jean Mercure bien sûr, plus novateur qu’on s’est plu à le décrire, qui dès l’origine impose le principe de la troupe, invente les 18h30 inaugurés par Juliette Gréco, ouvre ses portes à la danse et aux jeunes créateurs du moment qui deviendront incontournables, tels Jorge Lavelli et Jean-Pierre Vincent , François Billedoux et Jean-Michel Ribes, bref jeta les semences de ce qu’est le Théâtre de la Ville aujourd’hui. Nous rappelle au passage que sa création ne se fit pas sans douleur et que la mise à l’eau du navire – Serge Peyrat aime les métaphores maritimes – ne se fit pas sans ratées techniques ni polémiques et critiques acerbes ainsi que l’attestent quelques extraits de presse adjointes au récit. « Le Théâtre de la Ville est une horreur….cela tient du stade, de l’usine et de l’aérogare. Et tout cela a coûté deux milliards payés par la Ville de Paris » écrivait notamment Jean Dutour dans France-Soir qui regrettait les dorures et les stucs du Théâtre Sarah Bernhardt.

Dans cette aérogare se sont croisés (se croisent encore) une pléiade d’artistes de toutes disciplines et de haut vol, certains le temps d’un spectacle, d’autres un peu en pensionnaires comme le roumain Lucian Pintillé, autre rencontre formatrice pour Serge Peyrat qui l’accompagna pendant quinze ans comme assistant et éclairagiste, reprenant parfois à la volée ses mises en scène lorsque le maître que l’exigence rendait irascible quittait la production.

D’anecdotes drôles ou savoureuses en avatar catastrophique (l’incendie du théâtre en 1982) en rencontres ou chocs artistiques ( notamment le Tanztheater de Pina Bausch), de carnet de voyages en analyses critiques , nous livrant ses mémoires, c’est, à travers l’aventure d’une vie, l’épopée du Théâtre de la Ville que Serge Peyrat nous raconte d’une plume chaleureuse et enthousiaste, conscient qu’il pourrait bien reprendre à son compte ce vers d’Aragon « J’ai vécu le jour des merveilles ». Ce sont ces merveilles qu’il nous fait partager dans son livre qui se lit comme un roman.

41 ans au Théâtre de la Ville Le temps de la mémoire, 1967-2008. De Serge Peyrat

453 pages dont 2 cahiers illustrées. Editions de l’Amandier 25 €

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