Au théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt jusqu’au 6 Mai
Le Ballet de L’Opéra du Rhin passe par Paris
Le Ballet de L’Opéra national du Rhin propose deux programmes consacrés à des chorégraphes et danseurs contemporains : William Forsythe d’un côté, Léo Lérus et Sharon Eyal de l’autre.

Prenant possession pour une quinzaine de jours du Théâtre de la Ville salle Sarah Bernhardt, Le Ballet de L’Opéra national du Rhin (BOnR) montre son engagement en faveur de la création contemporaine avec deux programmes en alternance. La Compagnie fondée en 1972, installée à Mulhouse a obtenu le label Centre chorégraphique national en 1985. Elle s’est composé l’un des répertoires les plus larges de France avec des ballets classiques, néo-classiques, modernes, faisant montre de ductilité, tonicité et virtuosité peu communes. C’est son versant contemporain qui répond aujourd’hui à l’invitation du Théâtre de la Ville en célébrant William Forsythe d’une part et le couple Léo Lérus et Sharon Eyal de l’autre.
Trilogie Forsythe
Le chorégraphe d’origine américaine William Forsythe a, depuis une quarantaine d’années, profondément renouvelé l’écriture et l’approche de la danse, en l’ouvrant à l’influence d’autres disciplines (musique, arts plastiques). Le Ballet de l’OnR retrace cette révolution du plus Européen des Américains, en réunissant trois de ses pièces datées des années l990 où il était à la tête du Ballet de Francfort qu’il a dirigé pendant vingt ans. Trois pièces toutes entrées au répertoire de la Compagnie.
Trio (1996), la dernière a y être entrée en 2025, met en scène un triangle de jeunes danseurs sur un quatuor de Ludwig van Beethoven dont sont reprises les premières mesures avant de s’interrompre dans un silence et de revenir de plus belle. Dans cette pièce très juvénile, les deux garçons et la fille sont lancés dans des jeux avec leur propre corps et celui des autres, refaisant et défaisant les figures d’un improbable trio. Ludique.
Comme son nom l’indique l’hypnotique Quintett (1993) rassemble cinq interprètes sur une musique originale de Gavin Bryars. Le refrain « Jesus’ Blood Never Failed Me Yet » résonne, s’étire et se meurt lentement avant de revenir en boucle, obsédant, entêtant, nostalgique, se répétant à l’infini. Envoûtant.
Dernière pièce, Enemy in the Figure est la plus longue (29 mn) et la plus ancienne de cette trilogie (1989). Très travaillée par le chorégraphe qui signe également la scénographie, les lumières et les costumes, elle convie onze danseurs et évoque une installation plastique plongée dans un clair-obscur énigmatique. Sur la musique du compositeur favori de Forsythe, Thom Willems, fourmillant de rythmes et de sonorités électroniques contrastées, les onze danseurs très toniques, composent des tableaux vivants éphémères jouant avec leurs ombres, usant d’accessoires inattendus (cordes, projecteur, panneau de bois ondulé). Futuriste.
Diptyque Léo Lérus/Sharon Eyal
Le deuxième programme (que nous n’avons pas vu) rassemble un duo de chorégraphes venus d’horizons très divers, Léo Lérus et Sharon Eyal. Le premier, natif de Guadeloupe, et la seconde, née à Jérusalem, se sont rencontrés à la prestigieuse Batsheva Dance Compagny de Tel Aviv en 2005, année où elle est devenue chorégraphe attitrée. Le spectacle est le fruit d’une commande de Bruno Bouché, directeur du ballet depuis 2017, intéressé par les chorégraphes qui partent d’une tradition pour la traiter de manière contemporaine.
Dans Ici, sa nouvelle création, Léo Lérus insuffle sa sensibilité contemporaine aux traditions chorégraphiques guadeloupéennes avec la danse traditionnelle, le Gwoka. La pièce s’appuie sur des enregistrements originaux des cyclones Ernesto (2024) et Maria (2017).
The Look (2019), renvoie pour Sharon Eyal à un mantra du Mahatma Gandhi « Nobody can hurt me without my permission ». Elle évoque la résilience du corps, de l’esprit et des communautés humaines face à la violence et l’oppression.
Photos BOnR et Agathe Poupeney
Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt https://www.theatredelaville-paris.com
Programme Forsythe, les 26 avril et 3 mai à 15h, les 26 avril, 5 et 6 Mai à 20 h.
Programme Léo Lérus/Sharon Eyal : les 28 avril, 29, 30, 2 et 4 mai à 20 h, 2 mai à 15h



