Une Case provisoire

Théâtre de l’improbable au fond d’un tonneau

Une Case provisoire

Ce théâtre de l’improbable se produit dans une sorte de grand tonneau, semblable à ces immenses cuves de foire des années cinquante dans lesquelles tournoyaient des motos. On y annonçait alors le « Mur de la mort » Le public, pétrifié, assistait à la démonstration d’une sorte de course folle où s’entrecroisaient, à la verticale, des motos kamikazes. Le Petit Théâtre Baraque a gardé le même procédé. En nettement moins violent. En effet, on y propose plutôt « Le Mur de l’étrange ». Les spectateurs sont placés debout, tout en haut de la couronne du tonneau. C’est en la surplombant qu’ils assistent à la performance. Ainsi, les personnages semblent se débattre dans le fond d’un immense bocal. A la manière d’un entomologiste curieux et minutieux, le spectateur perçoit les comédiens comme des insectes, en reptations insolites. Ne percevant que quelques plans de l’image, il fantasme à loisir sur la face manquante de l’image. Chacun recrée donc inconsciemment les compléments. Ce qui donne une lecture probablement très disparate d’un spectateur à l’autre. Il serait sans doute intéressant de coincer ces spectateurs, à la sortie, et leur demander de définir ce que furent leurs visions personnelles ?

Un lâcher d’une colonie de rats

Comme dans l‘art cinétique chacun perçoit aussi, selon son emplacement, l’actif de la scène. C’est pourquoi il est difficile d’en rapporter le contenu de manière exhaustive. Malgré la position statique du spectateur, cette facture propose un spectacle participatif et actif. La vision en surplomb écrase les perspectives pour créer des aplats insolites. On joue également sur la dimension des formes, des comédiens et des éléments scéniques. Les acteurs, attentifs à leurs voyeurs, s’y adressent le plus souvent tête dressée vers le haut du tonneau. On dirait des rats qui hument l’air ambiant tout en sollicitant quelque communication. Intervient effectivement et brusquement la seule image parfaitement plate : un lâcher d’une colonie de rats qui finit par se discipliner autour d’une musique directrice. Cette scène n’est pas sans nous rappeler celle du joueur de flûte.

Petites saynètes baroques

Puisqu’il faut toujours parler d’une histoire, c’est tout simplement les rêves et délires d’un couple de poètes saltimbanques qui s’agitent dans un monde déglingué. Comme dans la vie, l’entomologiste sait qu’il ne faut pas trop chercher à suivre une logique dans le fond du tonneau. On s’y débat face aux aléas de la vie. Toutefois, il s’ensuit une série de petites saynètes toutes aussi baroques les unes que les autres. Tel le tonneau des Danaïdes, elles entraînent les personnages à remplir et vider inexorablement leur existence. La métaphore ne semble pas gratuite : le spectacle est surabondant. L’ensemble de ces artifices nous offre une performance originale qui nous amuse, nous intrigue et nous transporte dans un ailleurs.

Une Case provisoire, de et avec Branlo et Nigloo. Un spectacle du Petit Théâtre Baraque. Cour de la cinémathèque de Toulouse. Le 22 et 26 février, le 1 et 5 mars à 20h30, le 6 mars à 16 h . Tournée en prévision. Renseignements : 05 63 56 39 47.

Photo : Branlo et Nigloo

A propos de l'auteur
Jacky Viallon
Jacky Viallon

Jacky Viallon aurait voulu être romancier à la mode, professeur de lettres ( influencé par les petites nouilles en forme de lettres qu’on lui donnait tout petit dans sa soupe et qu’il taquinait avec sa grande cuillère en argent symbole d’une grande...

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