L’Orchestre de Paris dirigé par Esa-Pekka Salonen à la Philharmonie de Paris les 2 et 8 avril
Sibelius et les autres
Esa-Pekka Salonen et l’Orchestre de Paris mettent Sibelius au cœur de deux luxueux programmes.
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- 9 avril
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LES QUATRE CHANSONS PAYSANNES de Stravinsky ayant été enlevées du programme donné à la Philharmonie de Paris le 2 avril, tout commençait donc et tout finissait, ce soir-là, par Debussy. On ne finit pas de goûter les prestiges du Prélude à L’Après-midi d’un faune, même si la flûte solo de l’Orchestre de Paris se montre d’une moindre sensualité, ici, que le cor et le hautbois. Vient ensuite la création française du Concerto pour cor d’Esa-Pekka Salonen par Stefan Dohr, premier cor de l’Orchestre philharmonique de Berlin (la création mondiale ayant eu lieu en août dernier, à Lucerne, avec les mêmes interprètes, soliste, orchestre et chef). Salonen a fait ses débuts de musicien en tant que corniste, l’instrument n’a donc aucun secret pour lui. Il a conçu là une partition efficace, qu’on écoute sans déplaisir mais sans être transporté. On y trouve plus d’atmosphère que dans le Concerto pour clarinette de Tan Dun récemment créé à Radio France, mais moins d’idées saisissantes que dans le Concerto pour trompette de la regrettée Kaija Saariaho, qu’on a pu également récemment découvrir. À un premier mouvement méditatif succèdent une page qui commence par un battement funèbre, puis un mouvement plus animé, la partie réservée au cor ne portant guère à l’extravagance. Stefan Dohr est appelé à chanter tout en jouant, soit, mais l’effet n’est pas pour autant renversant.
La seconde partie du concert du 2 avril commençait avec La Fille de Pohjola (1906), une des partitions épiques de Sibelius, avec ses ostinatos, ses bois et ses cuivres que balayent des rafales de timbales. Salonen brille à la tête de l’Orchestre de Paris, mais voici venir deux violoncelles supplémentaires pour La Mer de Debussy, donnée ici à grande échelle, et il en faut peut-être ainsi pour remplir la salle Pierre-Boulez de la Philharmonie de Paris, qui a peu à voir avec l’Auditorium de Radio France où l’on entend tout. L’Orchestre de Paris est bien sûr à son affaire, tout ici est capiteux et océanique, et la vibrante Sarah Nemtanu emmène avec elle les cordes au poste-clef de violon solo qu’elle a occupé avec brio pendant plus de vingt ans à la tête de l’Orchestre national de France. On jubile en particulier à entendre et à voir la manière dont l’énergie circule d’un pupitre à l’autre dans « Jeux de vagues », le mouvement central – peut-être, avec le ballet Jeux, ce que Debussy a composé de plus virtuose pour l’orchestre.
Accélération
Esa-Pekka Salonen sera le chef principal de l’Orchestre de Paris à partir de la saison 2027-2028, ce qui est une très bonne nouvelle. En attendant, il achevait le 8 avril son diptyque symphonique fait en partie d’œuvres de Sibelius avec la Cinquième Symphonie, cette autre partition épique à laquelle le compositeur a cependant donné son visage définitif après différentes tentatives. Trois, quatre mouvements ? Ce sera trois, finalement, avec un premier Tempo molto moderato qui se dénoue en cours de route et s’achève sur une fulgurante accélération, rendue ici avec un grand souffle. Il est vrai que Sibelius est familier à Salonen, qui fait sienne aussi bien les délicatesses ambiguës du mouvement lent que le prodigieux choral qui embrase le finale (mais il y a toujours un auditeur pressé qui applaudit dès le premier des six accords terminaux !).
La soirée avait commencé par un Don Juan très enlevé, avec un hautbois on ne peut plus suggestif, suivi du Concerto pour violon n° 2 de Bartók. Saisissant contraste entre le poème symphonique de Strauss plein de santé, d’une belle concision (ce qui n’est pas toujours le cas chez ce compositeur, si l’on pense par exemple à Une vie de héros), et le concerto âpre, très développé mais constamment rhapsodique, du compositeur hongrois. Une musique qui captive et déroute à la fois, tant elle nous emmène sur des chemins mouvants, la science de l’orchestre de Bartók, qui n’a rien à voir avec la gourmandise de Strauss, permettant au soliste de se faire toujours entendre. On a connu Renaud Capuçon plus placide, qui ici s’engage et trouve en Salonen un partenaire attentif (le chef a entre-temps chaussé ses lunettes, car Bartók a semé des pièges dans sa partition) disposé à faire chanter les différents pupitres : le climat installé par la harpe, dans le mouvement central, a quelque chose du rêve nocturne.
Illustration : Esa-Pekka Salonen par Audoin Desforges (photo dr)
Debussy : Prélude à L’Après-midi d’un faune - Esa-Pekka Salonen : Concerto pour cor (création française) - Sibelius : La Fille de Pohjola - Debussy : La Mer. Stefan Dohr, cor ; Orchestre de Paris, dir. Esa-Pekka Salonen. Philharmonie de Paris, 2 avril 2026.
R. Strauss : Don Juan – Bartók : Concerto pour violon n° 2 – Sibelius : Symphonie n° 5. Renaud Capuçon, violon ; Orchestre de Paris, dir. Esa-Pekka Salonen. Philharmonie de Paris, 8 avril 2026 (ce concert, enregistré par Radio Classique, est donné une seconde fois le jeudi 9 avril).



