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Critiques / Théâtre

La Vie est un songe de Calderon

par Jean Chollet

Aux croisements du rêve et de la réalité

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Pour sa première mise en scène en tant que directeur du Théâtre de la Tempête, Clément Poirée (voir Actualité de Dominique Darzacq) a choisi cette pièce de Pedro Calderon de la Barca (1600 – 1681) prolifique dramaturge et poète novateur du “Siècle d’or ” espagnol. Une œuvre baroque et foisonnante, répartie sur trois folles journées, qui s’engage lors du départ de Rosaure, fille séduite et abandonnée par le duc Astolphe, pour une Pologne imaginaire, déguisée en homme, afin de laver son honneur. Dans ce pays, elle croise Sigismond que son père, le roi Basile, féru en astrologie, a fait emprisonner depuis sa naissance, pour avoir interprété dans les étoiles qu’il serait un tyran. Après avoir songé à confier le royaume à Astolphe et Etoile, ses neveu et nièce héritiers, le roi décide de tenter une expérience. Il propose de mettre son fils sur le trône le temps d’une journée. S’il s’avère un bon roi, Sigismond lui succèdera. Dans le cas contraire il retournera en prison avec le sentiment d’avoir vécu un songe dans le lit royal. Ce qui se produit, laissant le jeune homme en proie au doute et à sa condition avec pour seul visiteur son geôlier avisé et loyal Clothalde. Ce fil conducteur s’accompagne d’intrigues entremêlées de mensonges ou menaces parfois violentes, et de fluctuations amoureuses de personnages tiraillés par des sentiments contradictoires, qui nourrissent des interrogations psychologiques et métaphysiques sur la vie, la destinée humaine et la notion du pouvoir. Avant une conclusion de la fable qui régularise la situation de Sigismond, devenu noble et magnanime.

L’orchestration de cette œuvre hybride par Clément Poirée introduit un souffle épique adapté et en révèle la portée essentielle, dans l’articulation de ses différents registres et tonalités, du tragique au burlesque. Dans l’espace ouvert conçu par Erwan Creff, avec passerelle en avant – scène offrant une immersion des interprètes au cœur du public, le sol blanc neigeux est surmonté de toiles mobiles colorées de nuances de camouflage, avec un fond tour à tour nuageux ou lumineux. A l’intérieur flottent lentement les ombres masquées de personnages majeurs comme autant d’apparitions issues d’un cauchemar, auxquels s’ajouteront au fil de la représentation des images oniriques de belle facture. Sous les lumières affinées de Kevin Briard qui dialoguent avec la mise en scène, et avec les costumes identitaires parfois somptueux de Hanna Sjödin, John Arnold délivre avec talent et intensité les facettes du roi Basile, le jeune et athlétique Makita Samba se révèle d’une pertinence magnifique dans le rôle de Sigismond, Morgane Nairaud (Rosaura), Pierre Duprat (Astolphe) Louise Coldefy ( Etoile) Laurent Ménuret (Clothalde) ou Thibaut Corrion (Clairon) apportent une cohérence à leur personnages respectifs. Et si on relève parfois durant la représentation quelques altérations ou baisses d’intensité, celles - ci n’altèrent pas le plaisir de savourer une création qui témoigne d’une grande théâtralité.

La Vie est un songe de Calderon, texte français Céline Zins (Le Manteau d’Arlequin – Gallimard), mise en scène Clément Poirée, avec John Arnold, Louise Coldefy, Thibaut Corrion, Pierre Duprat, Laurent Ménoret, Morgane Nairaud, Makita Samba, Henri de Vasselot. Scénographie Erwan Creff, lumières Kévin Briard, costumes Hanna Sjödin, musique et son Stéphanie Gibert. Durée : 2 heures 30 sans entracte.

Théâtre de la Tempête – Cartoucherie jusqu’au 22 octobre 2017.

Photos Antonia Bozzi

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