Accueil > Un Violon sur le toit

Critiques / Opéra & Classique

Un Violon sur le toit

par Charles Rosenbaum

Inusables refrains, inusable nostalgie

Partager l'article :

Il y a 41 ans, la comédie musicale Un Violon sur le toit pouvait déjà prétendre au Guinness des records avec 3 243 représentations à Broadway. Depuis, le triomphe s’est poursuivi et amplifié dans le monde entier. En 1971, les Parisiens et les Français fredonnaient en chœur au Théâtre Marigny et au cinéma, avec le géant barbu et basse pseudo-russe Ivan Rebroff, la fameuse mélodie Ah ! Si j’étais riche. Vouloir établir une relation entre Un violon sur le toit et Pelléas et Mélisande de Debussy relèverait du stupide. Et pourtant, les deux œuvres sont mises en scène par le même Olivier Benezech. Pelléas à l’Opéra de Marseille et Un Violon sur le toit au Théâtre Comédia à Paris, ce qui peut être une sacrée référence.

Rappel nostalgique du Yiddishland

Olivier Benezech et Jeanne Deschaux ont parfaitement su restituer la charge émotionnelle, avec le rappel nostalgique d’un monde aujourd’hui disparu, le Yiddishland. Ce monde s’est refermé avec la Shoah, mais le librettiste américain Joseph Stein a excellemment reconstitué cette communauté faite de rabbis en barbes et frisottis « papillotes », d’artisans, de petits commerçants. Il avait bénéficié de la musique superbe de Jerry Bock agrémentée des lyrics de Sheldon Harnick et surtout de la splendide scénographie de Jérôme Robbins. À Paris, c’est Stéphane Laporte qui a signé l’adaptation française du chef d’œuvre de Sholem Aleichem, le « Victor Hugo » de la langue yiddish. Au début du XXe siècle, dans le quartier juif d’Anatevka, petite ville de Russie, Tevye est un modeste laitier dont les trois préoccupations majeures sont caractéristiques de l’univers fermé dans lequel il vit : assurer la subsistance de sa joyeuse famille, assurer sa descendance en cherchant de bons maris à ses trois filles capricieuses, et rassurer Dieu quant aux libertés qu’il prend vis-à-vis des traditions et de la religion.

Une scénographie ouverte sur le rêve

Franck Vincent, émouvant et trépidant Tevye, le laitier, fait aisément oublier Rebroff. Il possède comme lui l’art d’émouvoir et comme lui c’est un grand ! Isabelle Ferron, Golde sa femme, lui donne une réplique savoureuse. Sandrine Seubille (Tzeitel), Christine Bonnard (Hodel) Amala Landré (Chava), les trois filles, Vincent Héden (Motel le tailleur), et toute l’équipe jouent dans la meilleure tradition des acteurs, chanteurs, danseurs américains. L’Orchestre fort de seize instrumentistes se coule à merveille dans les sonorités yiddish. Benezech et Jeanne Deschaux ont écarté les anecdotes purement folkloriques. Ils en ont fait une fable avec des instruments théâtraux modernes, une scénographie ouverte sur le rêve. À la fin de l’ouvrage, quand les villageois quittent le pays sous la menace d’un pogrom organisé sous la férule tsariste, le violoniste et son violon rappellent que la musique et son peuple ne font qu’un et ne se laissent pas abattre.

Un Violon sur le Toit d’après Sholem Aleichem avec l’autorisation d’Arnold Perl, livret de Joseph Stein, Musique de Jerry Bock, Lyrics de Sheldon Harnick. Production originale à New York de Harold Prince, mise en scène et chorégraphie originale de Jérome Robbins. Adaptation française de Stéphane LAPORTE, Mise en scène Olivier BENEZEH et Jeanne DESCHAUX, Direction musicale Pierre BOUTILLIER, Direction vocale Pierre-Yves DUCHESNE, Costumes Frédéric OLIVIER, Lumières Laurent CASTAINGT. Avec : Franck Vincent, Tevye le laitier ; Isabelle Ferron, Golde sa femme ; Sandrine Seubille, Tzeitel, la fille aînée ; Christine Bonnard Hodel, la cadette ; Amala Landré, Chava, la petite ; Vincent Héden, Motel Kamzoil, le tailleur, Cathy Sabroux, la marieuse. Théâtre Comédia. Du mardi au samedi à 20h30 - dimanche à 17 heures. Location 01 42 38 22 22 - 0 892 68 36 22.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.