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Critiques / Théâtre

On ne paie pas, on ne paie pas ! de Dario Fo

par Corinne Denailles

Rire de résistance

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Joan Mompart, metteur en scène suisse d’origine catalane, a participé aux premières créations du teatro Malandro d’Omar Porras avec lequel il a expérimenté improvisations et théâtre masqué. Il mène de front des projets de metteur en scène et d’acteur, et s’intéresse au jeune public et à la musique. Il a travaillé notamment sur des créations pour orchestre et récitant. On peut le voir aussi au cinéma (Populaire de Régis Poinsard). Fin avril, il interprétera Hugo dans Les Mains sales de Jean-Paul Sartre, mis en scène par Philippe Sireuil à la Comédie de Genève. Pour l’heure on peut voir sa mise en scène très personnelle de la pièce de Dario Fo, On ne paie pas, on ne paie pas ! à Malakoff.

Dario Fo, prix Nobel de littérature (1997), écrit un théâtre militant qui use du rire comme une arme de dénonciation politique et au-delà de l’absurdité du monde. Il s’inspire de mouvements de révolte en Italie dans les années 1960 dans les quartiers pauvres où les ouvriers occupèrent des logements vacants. Fo a étendu la protestation aux supermarchés et fait des femmes des insurgées civiles qui refusent de payer les denrées alimentaires ; mais les hommes ne sont pas en reste. Ecrit en 1974, il a réactualisé la pièce en 1991 et 2008 pour être au plus près de l’actualité, et en a modifié le dénouement, aujourd’hui plus sombre qu’à l’origine. Fo souhaite même qu’à l’étranger, on gomme ce qui a trait à l’Italie pour adapter la pièce au pays où elle est représentée. Dans la nouvelle traduction de Toni Cecchinato et Nicole Colchat le titre Faut pas payer ! devient On ne paie pas, on ne paie pas ! (en italien : Non si paga, non si paga !)

Dans une interview Joan Mompart explique ce qui a déclenché son désir de mettre en scène cette pièce. Il y a d’abord eu la superbe mise en scène de Jacques Nichet en 2006, et puis l’actualité : La pièce pour moi est profondément liée à la situation actuelle de mon pays d’origine, l’Espagne, une situation qui m’attriste beaucoup. Ce pays connaît aujourd’hui une crise économique et sociale d’une extraordinaire difficulté, et il y a quelques mois seulement, un événement similaire à celui qui ouvre la pièce s’y est produit : cet été, en Andalousie, des militants de gauche sont entrés dans deux supermarchés et se sont emparés de produits de première nécessité pour les redistribuer à des personnes dans le besoin. Cela a fait beaucoup de bruit, et le journal El País s’est posé la question suivante : cet acte devait-il être qualifié de vol ou était-ce un acte de « désobéissance civile », donc un acte légitime ? C’est exactement le point de départ de la pièce de Dario Fo, pourtant créée en 1974. »

Sa mise en scène affirme la théâtralité en rendant visible la machinerie théâtrale. L’esthétique se réfère au théâtre de tréteaux brechtien jusque dans la tonalité grise. Antonia, qui est le moteur de l’action, rappelle les personnages féminins brechtiens dans leur détermination à agir. Fo lui prête la richesse de l’imagination pour parer le réel des couleurs qui lui manquent, pour illuminer cette vie de chien où on en est réduit à manger de la pâtée pour chien. Mompart se réfère à Charlie Chaplin mangeant sa chaussure dans ce théâtre que Fo qualifiait de « théâtre de la faim ». La scénographie de Cristian Taraborrelli s’inspire d’ailleurs de la cabane de la Ruée vers l’or, en équilibre instable au bord d’une falaise. L’appartement d’Antonia évoque un radeau qui tangue dangereusement et menace d’engloutir les naufragés sociaux dans les eaux noires de la misère. Dans cet espace sombre se déroule une farce politique faite de quiproquos, de scènes hautement comiques, de cadavre gonflé à l’hélium et fourré dans le placard, et de grossesses mystérieuses. Si l’on comprend le point de vue, on regrette un peu que le parti pris de la mise en scène édulcore justement l’exubérance et le rythme de la commedia dell’arte qui pour Fo est le moteur de la contestation politique mais la justesse de la distribution et le talent des acteurs font le reste et très bien. L’Antonia de Brigitte Rosset a du punch et de l’énergie à revendre, et il en faut pour mobiliser Margharita (Camille Figureo) jeune femme effarouchée dont la mollesse et la couardise contrastent avec le caractère effronté d’Antonia. En contrepoint, le duo masculin formé par les époux (Juan Antonio Crespillo, Mauro Bellucci) est excellent, sans oublier François Nadin, qualifié de Joker, qui se glisse en douce dans la peau de plusieurs personnages.

On ne paie pas, on ne paie pas ! de Dario Fo ; traduction Toni Cecchinato et Nicole Colchat, mise en scène Joan Mompart ; scénographie, vidéo, Cristian Taraborrelli ; lumière, régie vidéo,Yann Gioria ; musique, univers sonore, Olivier Gabus ; costumes Claude Rueger. Avec Mauro Bellucci, Juan Antonio Crespillo, Camille Figuereo, François Nadin, Brigitte Rosset. Au théâtre 71 à Malakoff jusqu’au 25 avril 2013. Rés : 01 55 48 91 00.
www.theatre71.com

Photo carole Parodi

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