Jusqu’au 11 avril, jeudi 19h, vendredi 20h, samedi 18h, Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris.

Timon/Titus, d’après William Shakespeare, Collectif OS’O, mise en scène David Czesienski.

Règlements de comptes shakespeariens.

Timon/Titus, d'après William Shakespeare, Collectif OS'O, mise en scène David Czesienski.

A l’heure où la dette de l’Etat français bat des records et encourt l’opprobre des autres pays européens, le Collectif OS’O reprend son Timon/Titus créé et couronné en 2015 du prix Impatience. Dans une sorte de jeu de miroir, les théories fort peu orthodoxes de l’anthropologue anti-libéral David Graeber, exprimées dans son ouvrage fleuve, « Dette : 5000 ans d’Histoire » (à la mode de chez nous, puisqu’un autre spectacle à l’affiche The Democracy Project s’appuie sur ces écrits, concernant la notion de travail cette fois) sont mises en pratique à travers les luttes internes d’une famille déclassée de psychopathes en tous genres. Pour le versant familial, c’est Shakespeare qui régale, un Shakespeare baignant dans le sang et l’outrance du théâtre élisabéthain avec Titus Andronicus, plus philosophique dans le cadre de Timon d’Athènes.

Le tout est présenté, sous une forme enjouée et un champ de cadavres sanguinolents, avec un prologue emberlificoté bien dans l’esprit shakespearien d’un fou qui fait le sage ou le contraire. Celui-ci explique ce qui va suivre et ne pas suivre. Le public a payé, les comédiens ont une dette envers lui mais ils ne vont pas jouer Shakespeare. Alors, qui va régler la dette à venir ? La culpabilité est-elle le moteur de la dette ? Les promesses non tenues méritent-elles vengeance et jusqu’où ?

Des questions qui posent le sens même de toutes relations interpersonnelles et sociales. Alors, les cadavres se lèvent et rejoignent des pupitres disposés en éventail pour débattre de la dette d’un point de vue économique, moral, financier façon débat académique ou télévisuelle entrecoupé de gags pour détendre l’atmosphère.

Mais nouveau changement de pied et de tenues. Les choses sérieuses commencent avec un plateau transformé en salon d’un château provincial, suggéré par d’épais tapis et dominé par le massacre imposant d’un cerf, chef de meute. Les Berthelot et les Marchand vont s’affronter autour du testament du défunt Pater Familias. Bénédicte-Constance Berthelot et sa sœur Anne-Prudence espèrent récupérer les bienfaits de leur dévouement pour avoir soigné jusqu’au dernier jour ce père acariâtre et haï. La cadette Marie est revenue de Paris avec son frère Camille-Clèment, le mal aimé . Ces deux là ont des comptes à régler envers leurs ainées. Et ce n’est pas si simple car il faut compter sur les enfants illégitimes qui s’invitent au bal, Lorraine et Léonard Marchand, frère et soeur incestueux, accompagnés d’un Milos, amant toxique et intéressé de Lorraine. Les flingues sont de sortie, ambiance à la Chabrol, chacun des personnages a son pendant dans Titus et les sept comédiens redoublent de vilenies en tous genres avec des clins d’œil récurrents aux œuvres du grand Will dont le tyran familial était grand admirateur.

Intermèdes, débat, puis évocation de Timon d’Athènes et final sanglant à la Titus après quelques variations testamentaires. Qui hérite de quoi ? Qui a des droits ? Qui n’en n’a pas au propre financier, comme au figuré moral car tous ces enfants voient les choses à l’aune de leur propre intérêt ou de leur rancœur). Champ de cadavres et retour à la case départ, la dette ne sera pas couverte, les comédiens ont joué Shakespeare sans l’avoir joué tout à fait.

C’est drôle et bien ficelé par un travail de mise en scène efficace, signé David Czeslienski.

Louis Juzot

Timon/Titus, d’après William Shakespeare, Collectif OS’O, mise en scène David Czesienski, dramaturgie Alida Breitag, scénographie et costumes Lucie Hannequin, musique Maxence Vandevelde, création lumières Yannick Anché & Emmanuel Bassibé, avec Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard, Marion Lambert, Tom Linton & Julie Papinz. Jusqu’au 11 avril, jeudi 19h, vendredi 20h ,samedi 18h, Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris. Tél : 01 47 00 25 20, maisondesmetallos.paris

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