Jusqu’au 2 juin, le mardi à 19h, Théâtre Essaïon à Paris 75004.
Je n’ai pas lu Foucault, chefs d’œuvre en prison, de et avec Céline Caussimon, mise en scène Sophie Gubri.
Des détenus parlent de tableaux célèbres.

Céline Caussimon, chanteuse et comédienne, raconte avec humour et empathie son expérience d’animatrice d’un atelier culturel en prison. Son projet d’atelier fondé sur l’approche de la peinture et le développement du renforcement de soi par la perception de l’art a été retenu par la Direction de l’Administration Pénitentiaire. Elle se retrouve donc un beau matin dans une Maison d’Arrêt ou un Centre pénitentiaire, seule face à une dizaine de détenus munis d’un rétroprojecteur et d’un bip d’alerte. Un milieu très éloigné de son quotidien qu’elle va apprendre à connaitre sans a priori, c’est un bon début car, comme le titre le sous-entend, Céline Caussimon n’est pas là pour donner la leçon aux détenus comme aux spectateurs.
Certes, elle joue un peu trop les Claudine en prison, se montrant candide devant les demandes réitérées des détenus pour savoir si l’atelier permet bien d’obtenir des points pour une réduction de peine, ou éblouie par le mauvais garçon du 9. 3. qui connaît le nom de Cézanne. Mais si on dépasse le côté théâtral naïvement sur-joué, la rencontre inattendue entre les tableaux célèbres qui défilent sur le mur et les réactions des participants de l’atelier que l’animatrice leur a demandé de consigner par écrit, est pleine d’imprévus.
La comédienne lit ces impressions ressenties devant les toiles d’ Edvard Hopper, de Paul Gauguin ou de Berthe Morisot entre deux anecdotes sur le déroulé des ateliers et des portraits esquissés de participants. Des querelles naissent autour d’un Basquiat, des histoires sont imaginées autour d’un couple en fond de tableau de Hopper ou sur la détresse d’une poule noire sur le mur d’une chaumière bretonne. La Chambre de Van Gogh à Arles ressemble à une cellule, mais elle a de belles couleurs et une fenêtre, toujours le point de fuite qui permet de voir au delà des quatre murs. Interprétation de la Ronde de nuit de Rembrandt très différente de celle de la critique, non un corps de garde mais des gens heureux de se retrouver. Les tableaux deviennent à proprement parler les lieux d’évasion et, à tout le moins, celui d’un refus d’une assignation sociale et culturelle.
Une expérience humaine dont la conteuse est fière, une anti-leçon qui touche malgré son caractère consensuel et ingénu. Parler de la prison et de l’art en souriant et sans lunettes idéologiques ou doctorales, un défi relevé en douceur par Céline Caussimon.
Louis Juzot
Je n’ai pas lu Foucault, chefs d’œuvre en prison, de et avec Céline Caussimon, mise en scène Sophie Gubri, création sonore Michel Winogradoff, lumières Camille Dugas, création vidéo Tristan Seben. Jusqu’au 2 juin, le mardi à 19h, Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004. Paris Tél : 01 42 78 46 42, www.essaion.com
Crédit photo : Xavier Cantat.



