La Bohème de Puccini à Nancy jusqu’au 23 décembre
Puccini fluide et dynamique
Avec cette production de La Bohème, Marta Gąrdolinska achève son mandat de directrice musicale de l’Opéra national de Lorraine.
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- 18 décembre 2025
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MARTA GARDOLINSKA AURA LAISSÉ À NANCY une empreinte indéniablement positive. À la tête de l’orchestre maison, elle propose une lecture vive d’une partition pourtant complexe, mettant l’accent sur le dynamisme et la clarté dans des moments d’apparent désordre – qu’il s’agisse du foisonnant deuxième acte ou des scènes de camaraderie dans la mansarde du Quartier latin, aux actes extrêmes de l’ouvrage. Dans les passages les plus lyriques – au premier rang desquels la mort de l’héroïne –, elle fait preuve de tact et d’une certaine modestie, se contentant d’accompagner les chanteurs. Ajoutons toutefois qu’elle ne se montre pas avare lorsque l’intensité dramatique appelle un volume sonore accru, au risque de ne pas toujours ménager les limites vocales des chanteurs sur scène.
Artiste aux multiples facettes – auteur, acteur et metteur en scène –, David Geselson a souhaité mettre en pratique la première des sept œuvres de miséricorde corporelles, « enseigner à celui qui ne sait pas ». Il a ainsi fait précéder l’opéra de Puccini d’un prologue (texte accompagné d’une musique de Puccini arrangée par Duncan Fyfe Gillies, Crisantemi) destiné à expliquer le contexte politique de la France, et plus particulièrement de Paris en 1830, époque où se situe l’action. Ce choix a pour effet de diluer l’impact musical voulu par le compositeur dès l’ouverture et, faute de clarté, n’apporte rien à la compréhension de l’œuvre pour la majorité du public.
Visages d’écrivains
Non content de cela, le metteur en scène a demandé à sa scénographe d’intégrer, dans la pénombre du fond de scène, des visages flous d’écrivains du XIXᵉ siècle. Sur le plan dramatique, en revanche, il sait obtenir des interprètes des attitudes et des gestes en accord avec les situations vécues par leurs personnages. La scénographie de Lisa Navarro se distingue par la justesse de ses choix et par une économie de moyens remarquable dans les deux actes centraux, en particulier dans le foisonnant deuxième acte. Le premier, en revanche, demeure plongé dans une obscurité réaliste mais gênante, empêchant le public d’identifier clairement qui parle et qui est qui. La sobriété enveloppant le quatrième acte, en revanche, s’avère d’une efficacité exemplaire.
Il convient de saluer le chœur de la maison, dirigé par Anass Ismat, renforcé pour l’occasion par le chœur d’enfants du Conservatoire régional du Grand Nancy, pour la qualité de ses interventions, sur scène comme hors scène.
Silence dans la salle après les airs les plus célèbres
Concernant le travail vocal des solistes, une question s’impose : cherchent-ils à éviter les applaudissements intempestifs à l’issue des airs les plus célèbres, ou bien est-ce le public qui s’abstient ? Certes, l’orchestre enchaîne immédiatement, mais l’enthousiasme suscité par un air bien interprété est généralement irrépressible. Si quelque chose a manqué ce soir-là, la représentation y a gagné en fluidité et en dynamisme.
Lucie Peyremaure (Mimì) fait étalage d’une voix dans un état enviable : ferme, puissante, d’un timbre séduisant, parfaitement maîtrisée aussi bien dans le grave que dans l’aigu. Elle donne de l’héroïne une incarnation vocale équilibrée. Mais c’est dans le moment le plus accompli de sa prestation (l’agonie de Mimì) qu’elle électrise la salle, maintenant le texte à mezza voce avec une conviction dramatique remarquable et des moyens vocaux volontairement réduits. Elle crée le sommet émotionnel de la soirée, faisant oublier les défauts et manques observés jusque-là.
À ses côtés, Lilian Farahani livre une véritable performance, alliant grande correction vocale et engagement dramatique particulièrement libre dans le rôle, hélas trop bref, de Musetta. Angel Romero (Rodolfo) se distingue par la puissance de son émission et la justesse de son expression, tandis que Yoann Dubruque (Marcello) brille surtout dans ses altercations passionnées avec Musetta. Le public apprécie le sacrifice de la zimarra de Colline, interprété par Blaise Malaba. Louis de Lavignière, quant à lui, confirme son statut d’artiste solide dans le rôle modeste de Schaunard.
La distribution est complétée avec bonheur par Yong Kim (Benoît), Jonas Yajure (Alcindoro), Takeharu Tanaka (Parpignol), Henry Boyles (le sergent des douanes), Marco Gemini (le douanier) et Stéphane Watttez (le marchand), tous solistes issus du chœur de la maison et de celui de l’Opéra de Dijon.
Photos : Jean-Louis Fernandez
Puccini : La Bohème, avec en prologue Crisantemi du même auteur. Avec Lucie Peyramaure, Angel Romero, Lilian Farahni, Yoann Dubruque, Blaise Malaba, Louis de Lavignère, Yong Kim, Jonas Yajure, Takeharu Tanaka, Henry Boyles, Marco Gemini, Stéphane Wattez, Aenaëlle Tea-Levavasseur. Production de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, coproduction Théâtre de Caen, Théâtres de la Ville de Luxembourg , Opéra de Dijon, Opéra de Reims. Mise en scène : David Geselson ; scénographie : Lisa Navarro ; costumes : Benjamin Moreau ; lumières : Jérémie Papin ; vidéo Jérémie Scheidler. Chœur d’enfants du Conservatoire régional de Nancy, Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, dir. Marta Gardolińska. Opéra national de Nancy-Lorraine, 17 décembre 2025. Représentations suivantes : 19, 21, 23 décembre.



