Le Petit Faust d’Hervé à l’Athénée le 20 décembre

Perdu de vue !

Le petit Faust se noie dans une parodie épuisante d’émissions télévisées. Qui pourra le retrouver ?

Perdu de vue !

LOUIS-AUGUSTE-FLORIMOND RONGER (1825-1892) est considéré aujourd’hui comme le rival malheureux d’Offenbach, bien qu’il ait à son actif un grand nombre d’opéras-bouffes et autres opérettes. On a bien ressuscité, ces dernières saisons, V’lan dans l’œil, hilarante parodie de Lucia di Lammermoor*, ou encore Les Chevaliers de la Table ronde, mais voilà tout, et c’est bien peu. On pouvait donc se réjouir que Les Folies parisiennes, dans une coproduction avec les Opéras de Tours et de Reims et le Palazzetto Bru Zane (spectacle repris au Théâtre de l’Athénée, où nous venons de le voir), s’emparent du Petit Faust. Car cet ouvrage est annoncé lui aussi comme une charge, cette fois de Faust bien sûr, comme son titre l’indique, et en particulier de l’opéra de Gounod.

Las ! la parodie se perd ici dans une autre parodie, signée Sol Espeche, qui nous fait presque entièrement oublier ce qui était (peut-être) l’intérêt, voire la beauté de l’œuvre d’Hervé. Après tout, se moquer de Goethe et de Gounod peut-être un étonnant ressort théâtral, et tout n’est pas entièrement à oublier chez Offenbach, champion institué de la bouffonnerie musicale. Mais faire entrer de force Le Petit Faust dans le monde des émissions de télévisions les plus niaises (on devinera celles qui se cachent sous les titres Champs déguisés ou Tournez ma chaise), et transformer la représentation en faux enregistrement de l’une de ces émissions, fait qu’on ne sait plus trop de quoi il est question. Encouragements du chauffeur de salle, incidents techniques, spectateurs fictivement invités à monter sur scène (le pastiche du film Yannick, qui met en scène un spectateur trouvant navrant ce qui a lieu sur scène, est peut-être le moment le plus drôle de la soirée), etc., finissent par épuiser, tant la musique d’Hervé, ou ce qu’on peut en apprécier, mérite un traitement autrement subtil. Passer constamment de l’univers de Guy Lux ou Jacques Martin à des refrains du style « Pif paf pan, en avant / Le pied leste et du geste » (car le livret d’Hector Crémieux et Adolphe Jaime ne paraît pas très virtuose dans le calembour) est périlleux et l’ensemble, qu’on peut trouver facétieux au début, devient vite ennuyeux, même si la salle joue le jeu, rit et applaudit quand on le lui demande.

De la musique après toute chose

De la musique ravalée au rang d’accessoire, malgré les efforts de Sammy El Ghadab au pupitre, ne surnagent que quelques moments dont l’air « Dans l’ombre d’un rêve », étonnamment tendre, ou ce chœur du mariage, qui pourrait, lui, être un pastiche de « Viens, de l’hyménée » dans Béatrice et Bénédict de Berlioz (mort, étrangement, quelques semaines avant la création du Petit Faust). Les interprètes, eux, se déchaînent sans compter, font parfois sourire quand ils rajeunissent (Charles Mesrine, vieux professeur Faust devenant un faux jeune premier), ne donnent pas toujours dans la charge subtile (Anaïs Merlin en Marguerite), en rajoutent un peu trop dans les rires diaboliques (Mathilde Ortscheidt, Méphisto de belle allure pourtant), et nous emmènent parfois à mille lieues du sujet : un combat de catch désopilant, même mené tambour battant (Valentin contre Faust !), fait ici un peu trop diversion.

* Pierre-André Weitz a mis en scène V’lan dans l’œil en juin 2021 au Châtelet, dans le respect le plus scrupuleux de la musique et du texte original, dialogues compris.

Illustration : photo Marie Pétry (prise à l’Opéra de Tours)

Hervé : Le Petit Faust. Avec Charles Mesrine (Faust), Anaïs Merlin (Marguerite), Mathilde Ortscheidt (Méphisto), Igor Bouin en alternance avec Philippe Brocard (Valentin)n Maxime Le Gall (le Pion / le Cochet), Camille Brault (Aglaé). Mise en scène : Sol Espeche ; décors : Oria Puppo ; costumes Sabine Schlemmer ; chorégraphie : Aurélie Mouilhade ; coiffures et maquillages : Maurine Baldassari ; lumières : Simon Demeslay. Chœur et Orchestre des Frivolités Parisiennes, dir. Sammy El Ghadab. Paris, Théâtre de l’Athénée, 20 décembre 2025.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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