Opéra National de Lyon jusqu’au 25 mars 2012

Parsifal de Richard Wagner

En transparences mystiques

Parsifal de Richard Wagner

Comment aborder un chef d’œuvre ? De face, de profil, de trois quart ? La question est d’autant plus ardue quand il s’agit d’un monument dont les pierres sont taillées dans la foi. Parsifal, l’opéra testament de Richard Wagner, créé à Bayreuth en 1882, six ans après la Tétralogie de L’Anneau du Nibelung, pourrait être comparé à une cathédrale gothique dont les clochers s’envoleraient vers l’infini. Est-ce une messe ? Presque : « un festival scénique sacré » (Bühnenweihfestspiel) a décrété son compositeur et librettiste qui a puisé son saint sujet dans le Parzifal du chevalier et poète médiéval Wolfram von Eschenbach. Un mythe donc, à mettre en vie éphémère sur une scène de théâtre.

Tournant le dos aux sauts dans le temps et autres aux interprétations actualisées des Warlikowski, Castellucci ou autre Claus Guth (voir WT des 6 mars 2008, 7 février et 14 mars 2011), le metteur en scène et cinéaste canadien François Girard - réalisateur du Violon Rouge  -, regarde Parsifal droit dans les yeux. De face. Il raconte son histoire sans en tordre le sens en images mouvantes filmées qui habillent les fonds de scène en grand écran panoramique, d’une absolue beauté. Sur l’ouverture musicale, un rideau de scène reflète en miroir la salle et ses spectateurs. Un groupe d’hommes s’en détachent. Ils sont sur scène. Vêtus de noir. Ils ôtent leurs vestes, découvrent des blouses blanches, se rassemblent en cercle pour former la communauté du Graal. François Girard joue sur l’abstraction. Rien n’est jamais illustré de façon réaliste. Les paysages comme la chorégraphie de la mise en scène agissent comme des symboles.

Terrain lunaire

Le sang en est le thème central. Le sang du Christ contenu dans l’urne du Graal, le sang de la blessure d’Amfortas qui ne cesse de couler depuis que la Lance sacrée volée par le magicien Klingsor lui a entaillé le corps. Le sang qui coule en un petit ruisseau qui divise le terrain lunaire en pente douce des 1er et 3ème acte, le sang qui souille la robe de Kundry quand elle se résigne à renoncer à Parsifal, le sang qui flotte sur le sol du domaine de Klingsor et qui éclabousse les pieds.

Loin des clichés, loin du kitch : le magicien Klingsor est un tyran aux injonctions fascistes, son domaine est cerné de chair escarpée, chair de poule et plaies ouvertes sur lequel s’imprime un ballet de couleurs et de formes qui parfois rappellent la peinture de Degas. Au milieu de hauts piquets de verre, les filles fleurs, sous leurs longs cheveux sombres, portent des robes blanches comme les nonnes d’un couvent maudit.

Astre mort

Sortilèges nocturnes… Au 3ème acte, la terre est dévastée, un arc en ciel blême trace sa route solitaire, un astre mort naît et enfle dans les chevauchées de nuages.

Dans cette bible revisitée de mirages, les personnages ont presque tous trouvé des interprètes à leurs mesures et démesures. Si le ténor autrichien Nikolai Schukoff, souvent entendu à Paris, n’a pas une voix exceptionnelle, son timbre est toutefois plein de grâce et son jeu effacé apporte à Parsifal la part d’ange idéale du « chaste fol » (der reine Tor) que la compassion rend clairvoyant (von Mitleid wissend). Gerd Grochowski n’a pas l’âge d’Amfortas mais il en traduit superbement la douleur en voix sur le souffle en jeu déchiré, Alejandro Marco-Buhrmester joue et chante Klingsor comme une lame aiguisée de haine, Elena Zhidkova incarne une Kundry presque adolescente capable d’envoyer haut ses colères et ses désespoirs. C’est le Gurnemanz exceptionnel de Georg Zeppenfeld, jeune basse allemande, qui crée le choc de la soirée, diction perlée, musicalité habitée, présence magnétique… Il est superbe.

Voix d’anges

Remarquable prestation des chœurs, tantôt serrés, tantôt dispersés sur scène et même, placés en voix off dans le foyer d’où leurs voix surgissent comme des voix d’anges.

En écho à la conception visuelle, Kazushi Ono dirige l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, en transparences mystiques, un peu trop retenues durant le premier acte mais qui très vite s’élargissent jusqu’à atteindre ce point quasi immatériel où nous emportent les leitmotivs wagnériens qui ici ne sont plus au service d’un personnage mais d’un esprit.

Parsifal de Richard Wagner, orchestre, chœur et maîtrise de l’Opéra de Lyon, direction Kazushi Ono, chef des chœurs Alan Woodbridge, mise en scène François Girard, décors Michael Levine, vidéos Peter Flaherty, costumes Thibault Vancraenenbroeck, masques Karine Guillem, lumières David Finn, chorégraphie Carolyn Choa. Avec Gerd Grochowski, Kurt Gysen, Georg Zeppenfeld, Nikolai Schukoff, Alejandro Marco-Buhrmester, Elena Zhidkova, Daniel Kluge, Lukas Schmid, Heather Newhouse, Katharina von Bülow, Pascal Pittie, Oleksiy Palchykov, Ulrike Hetzel, Tehmine Yeghiazaryan, Ivi Karnzei , Sonja Volten.

Opéra de Lyon, les 9, 14, 17, 20, 23 mars à 18h, les 11 et 25 à 15h

08 26 30 53 25 – www.opera-lyon.com

Photos : Jean-Louis Fernandez

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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