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Obaldia, mort en sa 104e année

par Gilles Costaz

Un joyeux inquiet

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René de Obaldia s’est éteint, chez lui, à Paris, âgé de 103 ans, ce 27 janvier. Depuis une quinzaine d’années, après la mort de sa femme (Diana, la merveilleuse Américaine), il n’écrivait plus. Mais il restait présent, se rendant à l’Académie française dont il était l’un des membres les malicieux, passant à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, répondant au téléphone avec une courtoisie amusée sans jamais donner la plus infime impression de s’égarer dans les brouillards de l’âge. C’était un éblouissant maître des mots. Quand, en 1995, il avait, aux obsèques du chercheur-écrivain Pierre Schaeffer, été chargé de l’oraison funèbre du défunt, il avait prononcé un éloge si plein de drôleries que l’église avait longtemps résonné de rires et de fous-rires. Bien des présents, comme l’éditeur Pierre Belfond, étaient venus ensuite demander à Obaldia de les accompagner de la même façon à leur dernière demeure, si les aléas du temps pouvaient le permettre plus tard...

Le théâtre d’Obaldia est né en même temps que l’ « absurde ». On a un peu confondu l’auteur avec ses contemporains, Ionesco, Audiberti, qu’il aimait beaucoup. Mais, par le lien de toutes ses œuvres avec le verbe poétique, il s’élevait dans des inspirations parallèles. Ses pièces s’envolent dans le tourbillon de mots qui s’enivrent de la parodie des certitudes dogmatiques mais dénoncent, secrètement, un monde moderne et technologique de plus en plus angoissant. Genousie, Du vent dans les branches de sassafras, M. Klebs et Rozalie, Les Bons bourgeois prennent les petitesses de la sentimentalité et les arrogances des puissants au piège d’une verve qui ne commente ni n’explique jamais. Son langage poétique, qui démultiplie les jeux de l’enfant mais fait de splendides virages vers la gravité mène vers un au-delà du miroir qui n’a pas de prétention globale (à la différence des surréalistes) mais débusque l’humaine condition là où elle atteint la tendresse loin des gloires et des apitoiements. Comme tant de vrais artistes, Obaldia était un joyeux inquiet, souvent dissimulé derrière l’orfèvrerie de ses vers à la sonorité délirante.

Ces temps-ci on ne jouait plus beaucoup Obaldia (si on excepte les spectacles de Thomas Le Douarec, Stéphanie Tesson et l’actuel récital de François Marthouret si représentatif de cette richesse d’écriture si gamine et si profonde). Ce poète français étonnamment issu de Hong Kong et du Panama en souffrait, mais en parlait fort peu. Le temps où il était joué par Michel Simon, Jacqueline Gauthier, Michel Bouquet, Fanny Ardant, s’était éloigné. En conséquence, il s’intéressait élégamment aux autres, par exemple en présidant le prix Plaisir du théâtre. Il ne laissait jamais paraître les fêlures sous l’armure de la gentillesse et de la facétie. Quand on l’appelait, il vous répondait souvent : « la prochaine fois, on se voit et on fait la fête ». On ne se voyait pas, on ne faisait pas la fête, mais, sur le fil du téléphone, son théâtre amoureux des hommes se prolongeait en actes courts.

Photo DR.

La carrière de René de Obaldia, d’après le site de l’Académie française

Né le 22 octobre 1918 à Hong-Kong d’un père panaméen (José Clemente de Obaldia), alors consul du Panama dans cette ancienne colonie britannique, et d’une mère française (Madeleine Peuvrel).
Élevé en France dès son plus jeune âge. Études au lycée Condorcet. Mobilisé en 1940, quand survient la Seconde Guerre mondiale. Fait prisonnier, il est envoyé dans un camp, le Stalag VIII C en Pologne (Silésie). Rapatrié comme grand malade au Val-de-Grâce en 1944.
Premier livre, en 1952 : Les Richesses naturelles, suite de "récits éclairs" .Secrétaire général au Centre culturel international de Royaumont de 1952 à 1954. Puis, après un court passage comme directeur littéraire aux Éditions Pierre Horay, Obaldia publie son premier roman Tamerlan des cœurs (1956) avec une introduction de Jean Cassou. Il publie ensuite deux récits : Fugue à Waterloo et La Passion d’Émile (1956, Grand prix de l’Humour noir) et un second roman, Le Centenaire, « épopée de la mémoire » (1960, prix Combat).
Sa carrière d’auteur dramatique commence grâce à Jean Vilar, qui donne au T.N.P. Génousie, « comédie onirique ». De nombreuses pièces suivent Sept Impromptus à loisir, Le Général inconnu, Monsieur Klebs et Rozalie, Du vent dans les branches de sassafras (que Michel Simon mène au triomphe), La Baby-sitter, Les Bons Bourgeois… Son œuvre poétique ne comprend pas seulement les Innocentines (1988), aux textes abondamment utilisés par les manuels scolaires, mais des recueils où cocasserie et douleur, philosophie et émotions, mensonges et souvenirs dansent d’étranges sarabandes. Enfin Exobiographie (1993) transforme avec une folle fantaisie le principe de la biographie.
Élu à l’Académie française le 24 juin 1999, au fauteuil de Julien Green (22e fauteuil), et reçu le 15 juin 2000 par Bertrand Poirot-Delpech.
Toute l’œuvre théâtrale (huit tomes), romanesque et poétique est publiée aux éditions Grasset. La Jument du capitaine est publiée aux Éditions Cherche-Midi.
Les Éditions Jean-Michel Place ont publié L’Encyclobaldia, « Petite Encyclopédie portative du théâtre de René de Obaldia », par Gérard-Denis Farcy.

François Marthouret donne actuellement un spectacle Obaldia, Le Centenaire, au théâtre de Poche-Montparnasse. (voir la critique de Corinne Denailles sur webtheatre).

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