Du 13 mai au 28 juin, du mercredi au dimanche 18h30, Comédie-Française, Studio Théâtre.

Lumières, lumières, lumières, texte Evelyne de la Chenelière, librement inspiré de Vers le phare de Virginia Woolf (éditions théâtrales), mise en scène Florent Siaud.

Deux comédiennes s’emparent du Phare de Virginia Woolf.

Lumières, lumières, lumières, texte Evelyne de la Chenelière, librement inspiré de Vers le phare de Virginia Woolf (éditions théâtrales), mise en scène Florent Siaud.

De « Vers le phare » sont extraits et passés au tamis les personnages des deux femmes qui habitent le roman, Madame Ramsay et Lily Briscoe. La mère de Virginia Woolf a inspiré la première, alors qu’elle même se projette à l’évidence dans le personnage de Lily, artiste peintre insatisfaite dans l’art et la vie, en prise avec une toile inachevée.

Evelyne de la Chenelière a poussé les jeux de miroir et de contraste entre les deux tempéraments. Madame Ramsay est une bourgeoise victorienne apparemment radieuse et fière de sa nombreuse progéniture, pas moins de huit enfants. Lily, de trente ans sa cadette est un peu son neuvième enfant, du moins Madame Ramsay se l’imagine comme tel. Lily, seule et nostalgique, ressent de l’amour pour Madame Ramsay, pour le lieu et la vie collective que l’hôtesse organise chaque été dans une propriété de l’ile de Sky, à l’ouest de l’Ecosse.

Si l’intrigue, le terme est impropre, du moins les états d’âme des deux femmes, moteur même du déroulement dramatique, occupent une large part de la première partie de la pièce, les deux parties suivantes s’éloignent du roman en imaginant une sorte de conversation post mortem entre elles. Le conditionnel et le futur antérieur engendrent une autre perspective dans leur relation. Roman et pièce partent d’un même point, mais en suivant une composition voisine en trois mouvements, tracent d’autres voies.

Tous les autres personnages de « Vers le phare » sont absents, les enfants, les amis, à l’exception de Monsieur Ramsay, un pur esprit en apparence, universitaire vaniteux, père autoritaire qui semble dénué de tendresse et qui incarne le mâle cynique et dominateur que rejette avec virulence Lily. Le professeur Ramsay est omniprésent par sa pesante absence de la scène même. Le patriarcat est dénoncé sans ambages. Les femmes sont réduites au silence, quant à l’expression de leurs sentiments : « Dieu Merci, personne ne peut savoir ce que je pense, personne ne peut voir l’intérieur de mon esprit ».

Les effets scénographiques, vaste rideau de perles mordorées où les deux femmes disparaissent et réapparaissent, la vidéo maritime et embrumée comme les costumes de la lourde robe d‘organdi au pantalon libérateur sont soignés et démonstratifs. Un piano à queue compressé façon César trône au milieu du plateau et peut s’interpréter de milles façons, la plus sobre est celle de la fuite du temps qui marque les êtres comme la vieille demeure.

Florence Viala et Aymeline Alix livrent une prestation sans tache, tout est dans le mouvement retenu ou la parole qui s’emballe ou se perd entre apparence sociale et appel de la conscience et de l’émotion. Les échanges entres les deux femmes qui peuvent prendre l’apparence de monologues intérieurs passent par une palette d’émotions et de jugements qui n’excluent ni l’ironie ni l’acidité malgré l’amour réciproque Evidemment, Lily porte l’avenir des femmes mais Madame Ramsay a une personnalité et une classe victorienne indéniable, elle aurait pu vivre une autre vie.

Un bel exercice, un peu guindé et distant, qui ne peut faire oublier l’écriture de Virginia Woolf dont l’art consommé du suspens et de l’exploration des tréfonds de l’âme provoque plus sournoisement le lecteur.

Lumières, lumières, lumières, texte Evelyne de la Chenelière, librement inspiré de Vers le phare de Virginia Woolf (éditions théâtrales), mise en scène Florent Siaud, scénographie Romain Fabre, costumes Jean-Daniel Vuillermoz, lumières Nicolas Descôteaux, vidéo Eric Maniengui, conception sonore Vincent Legault, avec Florence Viala et Aymeline Alix. Coproduction Comédie-Française et la compagnie franco-québécoise Les songes turbulents. Du 13 mai au 28 juin, du mercredi au dimanche 18h30, Comédie-Française, Studio Théâtre, Carrousel du Louvre, comediefrancaise.fr, Tél : 01 44 58 15 15.
Crédit photo : Agathe Poupeney, coll. Comédie-Française.

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Louis Juzot

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