Passages Transfestival, International Performing Arts, Nouveaux Rivages, du 14 au 28 mai 2026 à Metz.

BORDA de Lia Rodrigues (Brésil), création Lia Rodrigues, dansé et créé avec Leonardo Nunes, Valentina Fittipaldi, Andrey da Silva, David Abreu, Raquel Alexandre, Daline Ribeiro, João Alves, Cayo Almeida, Vitor de Abreu.

La force implacable de corps dansants immobiles qui s’éveillent à la frénésie et à la transe.

BORDA de Lia Rodrigues (Brésil), création Lia Rodrigues, dansé et créé avec Leonardo Nunes, Valentina Fittipaldi, Andrey da Silva, David Abreu, Raquel Alexandre, Daline Ribeiro, João Alves, Cayo Almeida, Vitor de Abreu.

Après Encantado en 2024, Passages accueille la nouvelle création de la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues. Le spectacle Borda explore les lignes visibles et invisibles qui séparent, relient et déplacent les corps, révélant un monde en perpétuelle traversée, en mouvement, en liberté.

L’imagination transcende les frontières : en les ramenant à leur nature malléable et mouvante, le spectacle de Lia Rodrigues, redessine
 les limites tracées par la géographie et le politique. Créé dans la Favela de Maré à Rio de Janeiro, Borda (mot portugais évoquant la frontière et la broderie) constitue un ballet singulier entre les corps et la matière.

La scénographie est tissée - au figuré et au propre car les matières plastiques et autres s’accumulent en une montagne de vagues ou de vallées sablonneuses de paysages rudes du désert. Neuf danseurs s’y agglomèrent en constellations qui se forment puis se dispersent, mêlant les identités, les histoires passées et présentes - visions qui s’agrègent et se désagrègent.

Dans un beau silence existentiel, s’impose une installation plastique patiente faite de blancheur immaculée dont l’étrangeté caractéristique est à la fois sonore, visuelle et perceptive à travers l’amoncellement improbable de lais de plastique blanc ou transparent, traînant sur le plateau - bruit sourd tenace -, morceaux de tissu soyeux, fragments de voile ou de tulle claire qui évoquent la fête ou la cérémonie, rappels aussi d’écheveaux de laine non filés.

La sculpture vivante posée semble à peine bouger, mais on devine présences et respirations vivantes sous ce cheval de Troie improbable dont le coeur battant semble être un personnage dont n’apparaît que le dos à la tête baissée et rentrée - fragment de corps -, alors que les matières raclent le sol. Position du Penseur de Rodin, sans bras ni jambes et presque sans tête -, un souvenir du May B de Maguy Marin, confie Benoît Bradel, directeur de Passages.

Peu à peu, les formes bougent, changent et se métamorphosent en bêtes mythologiques, corps uniques à deux têtes, silhouettes enlacées ou siamoises, les êtres se frôlent, à l’écoute des respirations. Les interprètes sont vêtus de djellabas, longues robes amples avec un capuchon, vêtements clairs traditionnels du Maghreb, portant sur la tête chèches des nomades ou foulards des Touareg… Progressivement, apparaissent les visages colorés et animés des danseurs d’abord couverts de leurs draps éclairés de lumière.

Enfin, selon une danse étudiée préparatoire soigneusement retardée, les corps se libèrent des vêtements et des voiles qui les enserrent : les danseurs apparaissent dans leur splendeur physique et athlétique, prêts à en découdre avec les jours qui passent, quels qu’ils soient - leurs catastrophes et leurs promesses. Et, sous une musique festive de percussions, on dirait que le Carnaval de Rio de Janeiro prend la relève - ses bals, ses danses et ses défilés -, alors que les images précédentes, radicalement opposées, rappelaient à l’oeil du spectateur les naufrages de migrants, rejetés par la mer, et qui se battent pour sortir et se sauver des éléments qui les noient.

Un ballet enfiévré et endiablé où dominent la magnificence d’une résistance opiniâtre, l’énergie tonique de vivre et de survivre, la joie enfin d’être au monde, n’en déplaise à certains, comme aux totalitarismes, aux idéologies rétrogrades et obscurantistes qui voudraient imposer leur vision mortifère.

BORDA de Lia Rodrigues (Brésil), création Lia Rodrigues, dansé et créé avec Leonardo Nunes, Valentina Fittipaldi, Andrey da Silva, David Abreu, Raquel Alexandre, Daline Ribeiro, João Alves, Cayo Almeida, Vitor de Abreu, assistante à la création Amalia Lima, dramaturgie Silvia Soter, collaboration artistique et images Sammi Landweer, création lumières Nicolas Boudier, à L’Arsenal dans le cadre de Passages Transfestival, International Performing Arts, Nouveaux Rivages, du 14 au 28 mai 2026 à Metz. Les 22 & 23 mai De Singel Anvers (BE). Les 28 & 29 mai Le Maillon Strasbourg (FR). Les 2 & 3 juin Culturgest Lisbon (PT). Les 6 & 7 juin Teatro Municipal de Porto Porto (PT). Le 14 juin Theater Freiburg Freiburg (DE). Les 29 & 30 octobre Festival Coda - Dansens Hus Oslo (No). Les 2 & 3 novembre Dance House Helsinki (FI). Les 6 & 7 novembre Dansens Hus Stockholm (SE). Les 10 & 11 novembre Tanzfestival Rhein-Main /Künstler Innenhaus Mousonturm Frankfurt (DE) 14 & 15 novembre Tanzfestival Rhein-Main / Staatstheater Darmstadt Darmstadt (DE).

Crédit photo : Lilia Zanetti

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Véronique Hotte

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