Du 19 mai au 20 juin, du mardi au samedi 19h30, La Colline, Théâtre national, 15 rue Malte-Brun, 75020, Paris.

L’Avenir des reflets, texte et mise en scène  Lazare.

Un regard amusé et contemporain sur la Révolution française.

L'Avenir des reflets, texte et mise en scène Lazare.

C’est inattendu, Lazare nous entraine dans les évènements et les visages tutélaires de la Révolution française, s’écartant de ses thèmes de prédilection à consonances autobiographiques, enfant d’émigrés algériens qui posait crument les paradoxes et les non-dits de la France d’aujourd’hui. On retrouve bien sa virulence poétique qui mélange allègrement niveaux de langue, calembours et oxymores, inventivité et musicalité à la façon du free jazz. Le désir de justice et d’égalité s’affiche toujours, mais cette fois dans le contexte du moment symbolique de la constitution d’une nation, célébration à rebours de spectacles commémoratifs, vrai bal du quatorze juillet en goguette.

On est ici aussi très loin de lectures marxistes, anarchistes, libérales ou sociologiques de la Grande Révolution, Lazare et sa troupe facétieuse illuminent deux figures dont les « reflets » sont aujourd’hui aussi prégnantes que nécessaires. Olympe de Gouges et Marat irriguent toute la pièce.

Ava Baya est Olympe, mondaine certes, mais infatigable, sincère, lucide… Elle a tout compris des mécanismes de la violence masculine (elle tentera de s’opposer à l’exécution de la famille royale ), combattant le sexisme politique, défendant le droits des femmes et des enfants, fervente avocate de l’abolition de l’esclavage. Olympe majestueuse chante : « Tant que le sang chaud coule dans mes veines je me battrais contre les règles anciennes … »

Denis Lavant, tel qu’en lui-même, campe un Marat hétérodoxe d’abord scientifique et médecin un peu charlatan qui devient le chantre de la presse libre et radicale, la voix du peuple, soutenue par une Simone Evrard de tous les combats (Myrtille Hetzel, accompagnée de son violoncelle). Il entonne gravement une ballade émouvante : « Je suis le corbeau noir qui chante sur la branche pour délivrer la France, crois crois que le roi tombera … »

Autour de ces deux soleils volubiles, tournent une constellation de personnages croqués avec un bonheur certain par des comédiens heureux et complices. Beaumarchais jaloux d’Olympe qui lui a piqué Cherubin : Jérôme Billy. Gabriel Tur en Robespierre, droit comme un if, engoncé dans son célèbre gilet sous sa blanche perruque incarne aussi son contraire politique Lafayette, aristocrate type en uniforme pimpant.

Une autre figure féminine sacrifiée, magnifique de désespoir et de rage, Théroigne Méricourt que joue Marion Malenfant est poursuivie jusqu’à l’asile par Persée, Anne Baudoux, qui est aussi Gorgone, reine des enfers et de la violence déchainée, qui fut dans le prologue de la pièce la fée qui distribuait à une série de nourrissons leur destin. N’oublions pas Pierre Thionois en Louis XVI obèse et lâche ou en propriétaire esclavagiste. Ces huit-là incarnent une trentaine de rôles, costumés avec art pour caractériser leurs multiples personnages respectifs. Ils sont animaux allégoriques masqués, musiciens et chanteurs. La scénographie de Marguerite Bordat permet de varier les angles de vue, au diapason de ce foisonnement.

Un tourbillon qui puise sa force dans une mise en scène impétueuse comme son sujet. L’ensemble est conçu comme une suite de saynètes, certaines relatent des péripéties fort connues comme l‘arrestation de Varennes, d’autres plus intimes comme les dialogues entre Olympe et son grand amoureux Jacques Bietrix. Les registres sont hétérogènes passant d’un débat télévisé aux incursions mythologiques mais se fondent dans une alchimie du théâtre totalement maitrisée sous ses airs foutraques. Tout fini par un dialogue entre deux représentants moutonniers, futurs sacrifiés et bourreaux d’une histoire de violence ininterrompue à moins d’entendre les cris d’ Olympe et de Théroigne.

Lazare, qui ouvre un nouveau cycle de création, La comédie du mauvais sang, en a écrit et orchestré avec maestria le premier acte.

L’avenir des reflets, texte et mise en scène  Lazare, lumières Philippe Berthomé, costumes Marion Xardel, collaboration artistique Anne Baudoux, scénographie et accessoires Marguerite Bordat, composition musicale Myrtille Hetzel, Jérome Billy, Ava Baya, Gabriel Tur, instruments Myrtille Hetzel, Jérôme Billy, Gabriel Tur, Nicolas Test avec Anne Baudoux, Ava Baya, Jérôme Billy, Myrtille Hetzel, Denis Lavant, Marion Malenfant, Pierre Thionois, Gabriel Tur. 
Du 19 mai au 20 juin, du mardi au samedi 19h30, La Colline, Théâtre national, 15 rue Malte-Brun, 75020, Paris. Tél : 01 44 62 52 52. Les 11,12 et 13 février 2027 au Mixt – Terrain d’arts en Loire-Atlantique. Les 17 et 18 février 2027 à La Passerelle – Scène nationale à Saint-Brieuc. les 1er et 2 avril 2027, à Bonlieu – Scène nationale d’Annecy. Les 14, 15 et 16 avril 2027 au Théâtre National de Bretagne– Centre dramatique national-Rennes. Les 27 et 28 avril 2027 à L’Empreinte – Scène nationale Brive-Tulle.

Crédit photo : Felice d’Agostino.

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Louis Juzot

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