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Adieu Henry-Louis de La Grange

par Christian Wasselin

Celui grâce à qui nous savons tout sur Mahler vient de s’éteindre à l’âge de 92 ans.

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GUSTAV MAHLER DOIT SE SENTIR MÉLANCOLIQUE : son biographe prodigue, en effet, vient de nous quitter. Né en 1924 d’une mère américaine et d’un père français, Henry-Louis de la Grange avait effectué la moitié de ses études à New York et l’autre moitié en France (à Aix-en-Provence et à la Sorbonne), tout en travaillant la musique à l’Université Yale, puis à Paris avec Yvonne Lefébure et Nadia Boulanger. Il connaissait la musique de l’intérieur. Mais il a préféré consacrer sa vie à un compositeur qui, en France, il y a cinquante ans, passait pour un excentrique ou un monstre : Gustav Mahler.

Mahler, Henry-Louis de la Grange découvrit sa musique en écoutant la Neuvième Symphonie en 1945 sous la direction de Bruno Walter. Il devint proche, par la suite, de la grande Alma Schindler, qui fut successivement la femme de Mahler, de Gropius puis de Werfel, et la muse de Kokoschka. Proche également d’Anna, la seconde des filles que Mahler eut avec Alma. Car il ne faut pas se fier aux dates, ou plutôt il convient de les considérer pour ce qu’elles sont : Mahler est mort en 1911, certes, mais à cinquante ans ; Alma, sa femme, avait une vingtaine d’années de moins que lui et a disparu en 1964, soit plus d’un demi-siècle après son premier mari.

Trois puis un

C’est en 1973 qu’Henry-Louis de La Grange a publié, en anglais, le premier volume de sa biographie de Mahler. À partir de cette date, son ouvrage n’a cessé de proliférer, au fil des éditions successives en anglais et en français, atteignant plus de 3 600 pages. C’est Fayard qui, en France, s’est chargé de publier ce travail fondateur, monumental, quasi définitif (même s’il est toujours possible, évidemment, de trouver tel ou tel élément nouveau dans la vie et l’œuvre de Mahler), d’abord en trois volumes, puis en un volume, résumé par La Grange lui-même, mais assez frustrant quand on imagine la somme d’informations contenue dans la version intégrale.

Henry-Louis de La Grange mena aussi une carrière de journaliste musical, mais c’est son inépuisable activité en faveur de Mahler (livres mais aussi articles, conférences, etc.) qui constitue son apport à la musicologie et à la musicographie. Car les livres qu’on a cités, aussi fouillés soient-ils, ne tombent jamais dans les travers de l’analyse technique aride, ni dans celle de l’anecdote futile : Mahler, le personnage et le créateur, avait trouvé là son digne messager.

photographie : Henry-Louis de La Grange et Mahler (Getty)

À lire : d’abord et avant tout, les trois volumes évoqués de la biographie de Mahler (1. Les Chemins de la gloire, 1860-1899 ; 2. L’âge d’or de Vienne, 1900-1907 ; 3. Le génie foudroyé, 1907-1911).

À savoir : Henry-Louis de La Grange avait fondé en 1986, avec Maurice Fleuret, une Bibliothèque Gustav Mahler, devenue aujourd’hui la Médiathèque musicale Mahler : un lieu de recherche idéal pour les chercheurs, pourvu d’un grand nombre de livres et de disques sur la musique.

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