Du 27 mars au 12 avril 2026, du jeudi au samedi 18h, dimanche 15h, à l’Odéon Théâtre de l’Europe Paris 6è.
Vudú (3318) Blixen, un spectacle d’Angélica Liddell, texte, mise en scène, scénographie, costumes Angélica Liddell.
Images rituelles et sacrées d’un supplice à n’en plus finir.

Vudú (3318) Blixen est né d’une trahison amoureuse subie de plein fouet par sa conceptrice Angélica Liddell, poussée ainsi à envisager le spectacle sous l’existence de la mort. Elle commente sans fin sur l’aimé infidèle et déloyal : « Il te faisait sombrer dans l’horreur, dans le désir de mort, son insensibilité à elle seule était une agression, sans avenir, sans soulagement, sans issue. Je vais te faire souffrir, il disait, Je vais te faire souffrir. Je vais te faire souffrir. »
Douleur, peine et détresse ont blessé à jamais l’artiste ; or, pour son salut, elle fait spectacle des images rituelles et sacrées d’un supplice à n’en plus finir.
Tel est le retour, pour la victime, d’une vengeance, d’une malédiction qui ne peut « s’accomplir que depuis le Styx, le royaume des morts ». Avec Vudú, la performeuse se dit entièrement soumise aux forces de l’esprit, telle une morte qui parle et qui maudit, forte d’un suicide en préparation et à venir.
L’artiste se réclame dans son entreprise littéraire, morale et existentielle, de la baronne danoise Karen von Blixen (1885-1962), aventurière et poétesse, passionnée par l’Afrique, syphilitique trompée encore par son époux - tel un pacte avec le diable l’autorisant à écrire, situation dramatique à laquelle se compare Angélica Liddell. Au centenaire de la naissance de Blixen, en 1985, son nom est donné à l’astéroïde 3318, découvert par deux astronautes.
Angélica Liddell explore le pouvoir de la vengeance et des rituels d’une poésie tragique, tel un itinéraire fatal vers ses propres funérailles.( Quatrième de couverture, Vudú (3318) Blixen, édit. Les Solitaires Intempestifs.)
Art poétique, pouvoir mystique des mots et sacrifice se mêlent les uns les autres : un privilège concédé par le diable, et au début de la performance, l’artiste et interprète de sa propre vie, portant petite robe, escarpins et collants rouge, expose les signes ostensibles du Malin qui ne trompent pas.
Puisqu’elle a été lamentablement bernée par un sombre narcissique pervers, la victime éprouvée relève le défi et prend les armes de l’écriture car la narration revêt un pouvoir animiste - pour terrasser le Mal/Mâle. Et, verbalisant et déclamant sa haine, elle ne cesse de tuer le perfide encore - consciente du pouvoir de la poésie. L’art est une bataille qui n’a pas de fin.
Des chansons de Brel - Ne me quitte pas -, de Joe Dassin - Et si tu n’existais pas…- précèdent la musique de Hermann Nitsch (1938-2022), figure de l’actionnisme viennois. Pour un fond de scène bleu céleste - robe de la Vierge Marie, candeur et naïveté-, la vengeance étant un acte purificateur.
Vudú relève aussi du culte animiste de l’Afrique de l’Ouest, ajoutant au théâtre une dimension religieuse et spirituelle au projet de vengeance, de mort et de renaissance. Avec le désir symbolique de partir pour l’Afrique - libération et don extrême à la vie, et en même temps libération de la parole au vu de l’inconcevable. Le vaudou est une négociation avec l’invisible - la relation à l’art car écrire n’est pas vivre, quand « partir tuer des lions », acte et action, est vivre.
Lit et parterre de fleurs colorées ou blanches - une table de sacrifice, entourée de chrysanthèmes, que remplace plus tard du sable en vrac, issu de sacs à trancher que la performeuse déverse sur le plateau, un à un, patiemment. Auprès d’elle, des servants en longue robe brune, ou des jeunes filles romantiques aux long cheveux, si ce n’est qu’agenouillées, elles avancent à quatre pattes dans le lointain, à la queue leu leu - rituel et sacrifice. Danse aussi vaillamment un couple âgé élégamment vêtu, d’autres sont en fauteuil roulant. Les figurants et acteurs gardent le silence dans ce monde aux lisières de la mort, pendant qu’Angelica Liddell vocifère, clame, crie, hurle, injurie, rugit et éructe tout ce qu’elle a sur le coeur, s’en remettant à la force d’un verbe régénérateur et libérateur qui désigne, dit et dénonce.
Et cent-un coups de canon tirés magistralement à ses obsèques sont donnés à entendre au public.
Et malgré quelques longueurs et complaisances répétitives et ressassées, tant de haine savante éprouvée jamais ne s’essouffle, toujours inspirée, ré-alimentée et renouvelée : elle se retournerait tel un gant, en amour de la vie.
Vudú (3318) Blixen, un spectacle d’Angélica Liddell, texte (édit. Les Solitaires Intempestifs), mise en scène, scénographie, costumes Angélica Liddell, lumière Javier Ruiz de Alegría, son Antonio Navarro, dresseurs d’oiseaux Tristan Plot, Simon Thuriet. Avec Yuri Ananiev, Guillaume Costanza, Ugo Giacomazzi, Angélica Liddell, Mouradi M’Chinda, Juan Carlos Panduro, Gumersindo Puche, et de nombreux figurants en alternance. Du 27 mars au 12 avril 2026, du jeudi au samedi 18h, dimanche 15h, à l’Odéon Théâtre de l’Europe Paris 6è. Tél : 01 44 85 40 40. Spectacle en espagnol, surtitré en français et en anglais (durée, 5h30).
Crédit photo : Luca del Pia



