Du 8 au 27 janvier à 19h30, dimanche 15h, au TDV - Les Abbesses, 31 rue des Abesses 75018.
Vie et destin, Liberté et Soumission, d’après Vassili Grossman, mise en scène et adaptation Brigitte Jaques-Wajeman,
Afin de sauvegarder l’idée de démocratie, par-delà les mensonges, les contre-vérités et les délations.

Vie et Destin de Vassili Grossman (1905-1964) conte le destin d’une famille qui, lors de la bataille de Stalingrad, prend de plein fouet les crimes du stalinisme et du nazisme : assaut est fait aux tabous de la Russie soviétique - l’analogie évidente entre les totalitarismes et l’extermination du peuple juif.
« Le national changeait de nature : Au moment où la guerre populaire atteignait son acmé pendant la défense de Stalingrad, cette victoire permit à Staline de proclamer ouvertement l’idéologie du nationalisme étatique », dit la commentatrice Sophie Daull, comédienne qui embrasse bien d’autres rôles dans la mise en scène exigeante et soignée de Brigitte Jaques-Wajeman.
Vie et Destin par Lev Dodine et sa compagnie du Théâtre du Maly de Saint-Pétersbourg, fut donné en 2007 à la MC93- Bobigny, Festival Standard Idéal. Une mise en scène allègre transcendant les crimes du passé, croyait-on.
Vingt ans plus tard, dans un monde plus sombre, instable et inquiétant, éloigné du temps où l’on croyait naïvement les totalitarismes en perte de vitesse, la metteuse en scène et adaptatrice réfléchie monte Vie et Destin (1959), interdit de publication longtemps. Un regard sur le monde actuel.
AInsi, en vue de la transmission aux jeunes générations, sont révélés les effets de la terreur - soumission, servitude - sur des personnages paralysés et impuissants. Aujourd’hui, résonne une actualité inattendue - une Russie qui renoue avec le mensonge et la peur, écrit Brigitte Jaques-Wajeman.
N’oublions pas Vassili Grossman lui-même :« [...] L’histoire des hommes n’est pas le combat du bien cherchant à vaincre le mal. L’histoire de l’homme, c’est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité. »
L’action se déroule entre l’été 1942 et l’hiver 1943, pendant la bataille de Stalingrad jusqu’à la victoire des Soviétiques. Victor Strum, physicien spécialiste du nucléaire, a été évacué au début de la guerre, de Moscou à Kazan avec sa famille et les membres de son laboratoire, victimes des nazis et du pouvoir soviétique.
Vérités et mensonges, persécutions passées et présentes, atrocités du régime, la peur, la dénonciation, la délation sont communes, dans la volonté de bâtir « un homme nouveau », aryen d’un côté, ou soviétique, de l’autre.
Staline, après la victoire à Stalingrad, intensifie la répression contre les minorités nationales et contre les Juifs accusés de trahison et de cosmopolitisme. Les totalitarismes se rejoignent - une distinction pourtant dans la mise en scène des chefs respectifs : les communistes, héritiers de Lénine, agents et victimes, sont aveuglés pour une cause qu’ils croient juste.
Vassili Grossman a dédié Vie et destin à sa mère tuée par les nazis en tant que juive, avec toute la communauté juive de Berditchev en Ukraine. Strum, le héros, porte sur lui la dernière lettre de sa mère lui révélant la constitution du ghetto à Berditchev, les spoliations des Juifs et l’indifférence des voisins.
Sur la scène, à jardin, une longue table de travail - comédiens, chercheurs, militants politiques - où sont déposés force documents, livres et feuilles de papier de dossiers, soit le laboratoire de recherche du protagoniste à Kazan avant son retour difficile à Moscou, ou bien les séances de débat politique des partis en lice. Le physicien - double de l’auteur- s’en va régulièrement côté cour, pour faire le récit des scènes et présenter au public leur enchaînement. Les comédiens alterneront entre narration et incarnation.
Pascal Bekkar, Pauline Bolcatto, Timothée Lepeltier, Pierre-Stefan Montagnier, Aurore Paris, Bertrand Pazos et Thibault Perrenoud jouent le jeu dramatique et tragique dans une attente silencieuse d’abord, dont est significative la lecture poignante de la lettre maternelle par Raphaèle Bouchard. Les interprètes et récitants ne peuvent pas faire abstraction du poids de l’Histoire et de la violence des aberrations vécues par un peuple.
Acteurs et actrices restent en même temps tous performants, qu’ils soient des figures graves ou grotesques de caricature de b.d., ils sont dépositaires d’une morale humaniste à défendre à tout prix pour maintenir la teneur des démocraties - la liberté, l’égalité, la dignité dans une paix solide recouvrée.
Vie et destin, Liberté et Soumission, d’après Vassili Grossman, mise en scène et adaptation Brigitte Jaques-Wajeman, collaboration artistique François Regnault, traduction Alexis Berelowitsch, Anne Coldefy-Faucard, lumières Nicolas Faucheux, scénographie et costumes Chantal de La Coste. Avec Pascal Bekkar, Pauline Bolcatto, Raphaèle Bouchard, Sophie Daull, Timothée Lepeltier, Pierre-Stefan Montagnier, Aurore Paris, Bertrand Pazos, Thibault Perrenoud.
Crédit photo : Gilles Le Mao



